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Thaïlande : l’Union européenne s’interroge au sujet du changement de Constitution

Une Constitution en faveur de l’armée

Depuis le coup d’état de mai 2014, la loi martiale règne de nouveau en Thaïlande avec un gouvernement militaire qui depuis gère le pays d’une main de fer. Alors qu’elle devait avoir lieu courant 2016, la prochaine élection démocratique est désormais repoussée en 2017. Un retard causé par le changement de Constitution désiré par le Premier ministre Prayuth Chan-ocha, également chef de l’Armée royale thaïlandaise.

Pour le lieutenant-général à la tête du pays, ce texte devrait permettre de restaurer la démocratie en Thaïlande. Une ambition qui trouve pourtant rapidement ses limites quand on s’intéresse de plus près à la direction que prend ce projet de Constitution et qui semble n’avoir pour seule fonction que de conserver l’armée aux manettes de la nation.

Le comité de rédaction en charge de la réécriture de la Constitution a été nommé par la junte actuellement au pouvoir, ce qui peut aisément laisser croire à un certain pilotage de la part des organes dirigeants. La nouvelle mouture prévoirait que les membres du Sénat soient tous nommés par le Conseil national pour la paix et le maintien de l’ordre (NCPO), le nom du parti militaire. Le Premier ministre devrait enfin pouvoir être désigné par le Sénat. Autant d’éléments qui in fine continueraient de renforcer l’influence de l’armée sur le gouvernement et sur le pays.

Lorsqu’on interroge le parti en place sur ce projet à priori taillé sur mesure pour l’armée, le NCPO sort le référendum de sa manche comme argument massue pour disculper la junte de toutes formes de manipulation. Pour Prayuth Chan-ocha, c’est au peuple de décider et de se prononcer sur le chemin que doit prendre la Thaïlande. Selon lui, le changement de Constitution est conforme aux principes démocratiques car il sera voté ou non par les Thaïlandais.

Encore une fois, ce discours est contrarié par les faits qui laissent entrevoir une toute autre réalité. Il y aura bien un référendum le 7 août prochain sur une modification de la Constitution mais l’armée a jusqu’ici interdit tous rassemblements et débats publics sur le sujet. Ceux qui se heurtent à ces règles avant le référendum risquent jusqu’à dix ans de prison sous prétexte d’avoir « déformer la réalité » pour influencer les électeurs.

L’UE monte au créneau

L’approche du référendum est l’occasion pour l’UE de prendre officiellement position face à au gouvernement thaïlandais et à sa gestion du pays qualifiée d’alarmante par un groupe composé de 18 ambassadeurs et chargés d’affaires européens dirigé par Luisa Ragher, chef-adjoint de la délégation de l’Union européenne en Thaïlande.

Le 7 avril dernier, cette délégation a rencontré le ministre adjoint des Affaires Étrangères thaïlandais, Panyarak Poolthup afin de lui faire part de critiques mettant directement en cause le régime en place.

Pour l’Union européenne, certaines pratiques adoptées par le gouvernement sous prétexte de vouloir faire régner l’ordre dans le pays sont tout bonnement contraire aux valeurs démocratiques. Dans sa déclaration, la délégation n’hésite pas à citer en exemple les camps d’ajustements mis en place par l’armée et dans lesquels sont envoyées toutes personnes manifestant une quelconque opposition à l’égard du gouvernement Chan-ocha pour revoir leur attitude.

Les ambassadeurs se sont également dit inquiets d’une nouvelle directive du NCPO qui garantie aux militaires davantage de pouvoir. Pour les européens, attribuer aux soldats des pouvoirs qui étaient jusqu’à présent réserver à la police ou aux juges pourrait rapidement renforcer le caractère arbitraire des arrestations, déjà bien présent depuis que la junte est à la tête du pays.

L’absence de liberté d’expression et de liberté de circulation sont également pointées du doigt par la délégation, qui mettrait un point d’honneur à museler ou immobiliser toute parole dissidente au régime. Pour l’UE, il est nécessaire et urgent de s’assurer que le référendum sur le changement de Constitution réponde à un véritable processus démocratique.

Lors de cette rencontre, le ministère des Affaires Étrangère thaïlandais a tenu à rassurer point par point la communauté internationale quant à la gestion du pays. Un pays où « les libertés sont respectées » et où « les droits de l’homme sont en accord avec les pratiques internationales » d’après le gouvernement. Un pays où l’armée, en cas de rejet de la nouvelle Constitution lors du référendum, menace de faire passer une Constitution d’une autre époque qui ferait s’envoler pour de bon l’espoir d’une démocratie thaïlandaise.

source : blog Mediapart

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