Rigorisme social en régime militaire thaï

Publié par Laisser un commentaire

Rigorisme social en régime militaire thaï

En Thaïlande, le régime militaire favorise une culture de rigorisme social. Celle-ci affecte tant le domaine du religieux que la consommation d’alcool ou même le domaine sexuel. Les incidents se sont multipliés ces derniers mois, allant du cocasse au ridicule.

Dans la ville de Samut Prakarn, près de Bangkok, la police a arrêté un quinquagénaire thaïlandais, qui avait l’étrange manie de voler des petites culottes et des soutiens gorges mis à sécher sur des fils à linge. Il en avait une belle collection, 4 000 en tout ! Les policiers l’ont exhibé devant la presse, entourée de ses piles de lingerie féminine. L’anecdote peut faire sourire, mais elle est assez caractéristique d’une sorte de conservatisme social, de rigorisme, qui s’affirme de plus en plus sous la junte militaire qui a pris le pouvoir en 2014.

Plus de censure sur les films

D’autres incidents de ce genre ont eu lieu. Un haut fonctionnaire zélé a dépoussiéré une vieille loi thaïlandaise interdisant de mélanger des alcools pour faire des cocktails. Et ces derniers jours, ce bureaucrate a lancé des raids avec des policiers sur des échoppes ambulantes vendant des mojitos ou des Singapore Sling dans des parcs urbains. Dans le même ordre d’idées, il y a une campagne très active de la part de moines bouddhistes et de laïques pour faire du bouddhisme la religion d’Etat. Certains disent que c’est une très mauvaise idée, car cela renforcerait le caractère nationaliste du bouddhisme thaïlandais et mettrait mal à l’aise les Thaïlandais musulmans et chrétiens. La censure sur les films de cinéma se fait plus forte. Par exemple, le réalisateur d’un film récent montrant la conduite peu orthodoxe de certains moines bouddhistes a été forcé de couper un tiers du film pour que celui-ci soit autorisé à être projeté en salle.

Retrouver la Thaïlande d’antan

Des sociologues thaïlandais disent que cela reflète le désarroi d’une partie de la société thaïlandaise, une partie conservatrice, devant les changements économiques, sociaux, culturels et politiques qui bouleversent le pays. Ces gens sont angoissés devant l’avenir incertain et s’accrochent à ce qu’ils connaissent, comme à une bouée de sauvetage. Ils veulent en quelque sorte « geler » le pays, ou même, si possible, le faire revenir dans le passé.

Les militaires ont pris le pouvoir pour mettre en place un système politique similaire à celui qui existait dans les années 1980, avec un Premier ministre non élu. Les militaires et les bureaucrates sentent que l’évolution politique et sociale du pays risque de réduire leurs privilèges. Ils essaient donc de s’opposer au changement, notamment en diluant le pouvoir des politiciens élus. Le chef de la junte, le général Prayuth Chan-ocha, a même menacé d’isoler le pays du monde extérieur. Leur souhait est de revenir plusieurs décennies en arrière, pour retrouver une Thaïlande d’antan où leur pouvoir n’était pas remis en question. Et cette attitude politique fournit un contexte qui favorise la résurgence du conservatisme social.

Source : RFI Du correspondant en Thaïlande,

Détérioration de la santé du roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej

Publié par Laisser un commentaire

Détérioration de la santé du roi de Thaï

Les nouvelles du roi Rama IX de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, âgé de 88 ans, ne sont pas bonnes. Le palais a indiqué ce mardi que les médecins «contrôlaient étroitement» la santé de Bhumibol Adulyadej qui, hospitalisé pour des troubles cardiaques et respiratoires, souffre actuellement d’une forte fièvre.

représentation du roi de Thaïlande
représentation du roi

Le 11 janvier dernier, le roi de Thaïlande, dont le 88e anniversaire a été fêté le 5 décembre 2015, avait brièvement quitté l’hôpital Siriraj situé dans le centre de Bangkok, le temps d’une «promenade» dans son palais Chitralada. Sa sortie précédente remontait au mois de juin 2015. Mais en cette mi-février, l’état de santé du plus vieux monarque en exercice dans le monde inquiète plus que jamais son peuple.

représentation du roi
représentation du roi

Le Palais a en effet indiqué ce 17 février que Bhumibol Adulyadej, hospitalisé pour des troubles cardiaques et respiratoires, est sous étroit contrôle des médecins. Et ce depuis la veille, en raison d’une forte fièvre et d’irrégularités de sa respiration. Le communiqué précise qu’«une équipe de médecins royaux (lui) administre régulièrement une solution d’antibiotiques par voie intraveineuse, et (lui) assure continuellement un apport en oxygène». Les services de la royauté signalent en outre qu’un trouble cardiaque diastolique lui a été diagnostiqué la semaine dernière.

Une des lois de lèse-majesté les plus sévères du monde

La monarchie thaïlandaise est protégée par une des lois de lèse-majesté les plus sévères du monde, ayant pour conséquence une importante autocensure des médias, y compris étrangers. Cet été, un homme a été condamné à 30 ans de prison et une femme à 28 ans après avoir publié plusieurs messages sur Facebook jugés insultants pour la famille royale.

représentation de la soeur du roi
représentation de la soeur du roi
représentation de la soeur du roi
représentation de la soeur du roi

Depuis le coup D’État de mai 2014, réalisé par les militaires au nom de la défense de la monarchie, les affaires de lèse-majesté se multiplient.

Ci-dessous trois photos que j’ai prises en 2008 ; il s’agit de photos qui sont exposées dans les rues ou les temples.

Source

Thaïlande : derrière la carte postale un régime militaire

Publié par Laisser un commentaire

Thaïlande : derrière la carte postale un régime militaire

Derrière la belle carte postale de plages paradisiaques au sable fin et à l’eau turquoise se cache une réalité bien moins idyllique pour le pays. Depuis plus d’une année à présent, la Thaïlande est sous la coupe d’une junte militaire qui tient le pays d’une main de fer, inhibant toute liberté. L’Europe doit réagir fermement en exerçant une pression à différents niveaux.

Le général Prayut Chan-O-Cha a pris les commandes du pays depuis mai 2014, période à laquelle un coup d’état a renversé l’ancien gouvernement dirigé alors par le Premier ministre de l’époque Thaksin Shinawatra. D’un pays ouvert au reste du monde, force est de constater que la Thaïlande est devenue une dictature qui ne dit pas son nom.

La junte militaire actuellement aux commandes bride le pays et ses populations. Les récentes arrestations de 14 manifestants étudiants sont la parfaite illustration d’un régime dur et liberticide. 14 étudiants qui risquent 7 années d’emprisonnement, dans des conditions que l’on sait des plus difficiles, simplement pour avoir voulu protester pacifiquement contre l’absence de démocratie qui règne dans le pays depuis que l’armée a pris le pouvoir.

poste de police jaunes 2008
poste de police jaunes 2008

Désormais la Thaïlande ressemble à ces pays où il ne fait pas bon vouloir exprimer une parole différente de celle du pouvoir, presque comme en Corée du Nord même si la communauté internationale reste encore assez frileuse sur la comparaison. Car en Thaïlande à présent, impossible de former une réelle opposition politique démocratique sans risquer des peines d’emprisonnement.

Toute liberté d’expression est devenue complexe voire même risquée, la loi martiale a été décrétée soit disant pour le bien du pays. Mais c’est le peuple thaïlandais qui trinque : les médias sont contrôlés voire, pour certains journaux, fermés, les libertés civiques jugulées.

L’Europe doit agir pour rétablir la situation

Si l’Europe ne fait pour le moment pas grand-chose, elle dispose tout de même d’une certaine marge de manœuvre à ne pas négliger, économique comme politique ou diplomatique. A la manière du bras de fer aujourd’hui en cours avec la Russie, pour faire plier la junte militaire et la forcer à organiser de véritables élections démocratiques digne de ce nom, des sanctions économiques peuvent être appliquées et les négociations commerciales en cours doivent être interrompues.

Au-delà de la sphère économique, des pressions diplomatiques et politiques sont également possibles. Une suspension des visites d’officiels peut être prononcée pour resserrer encore un peu l’étau sur le régime dictatorial, tout accord politique bilatéral devant être suspendu.

En mettant ainsi la pression à différents niveaux, l’Europe peut à terme faire plier la junte militaire en la privant d’une partie de ses revenus. Une manière efficace qui permettrait alors de faire émerger une réelle opposition politique, de calmer les ardeurs du dictateur et d’installer une réelle démocratie dans un pays qui ne semble malheureusement plus beaucoup attirer l’attention de l’Occident.

http://blogs.mediapart.fr/blog/paul-ngn/100715/la-situation-en-thailande-exige-une-pression-de-leurope

Pourquoi le monde laisse t-il mourir les Rohingyas ?

Publié par Laisser un commentaire

Pourquoi le monde laisse t-il mourir les Rohingyas ?

Ce vendredi, le « Sommet spécial sur la migration illégale dans l’océan Indien » s’est tenu à Bangkok, avec des représentants de 17 pays impliqués dans le processus de Bali sur la traite des êtres humains, des ONG, des observateurs (Japon, Suisse, USA). Une occasion de se frotter au cirque médiatique du hard news en Asie et de se faire une idée sur ce genre de rencontres internationales qui ponctuent l’actualité. Aussi, je voulais savoir s’il y avait une chance que le sort des Rohingyas s’améliore grâce à ce focus, après avoir visité Ranong, une des plaques tournantes du trafic de migrants dans le golfe de Thaïlande il y a quelques mois. La réponse est non, car tant qu’ils ne sont pas reconnus comme êtres humains avec des droits, rien ne changera.

J’arrive vers 15h30 à l’hôtel de luxe Anantara Siam, au coeur de Bangkok, ayant fait l’impasse sur le discours d’ouverture du ministre des Affaires étrangères le matin, plein d’expressions vaguement humanistes, disponible via ce lien (en anglais). Le message principal est qu’il faut se “partager le fardeau“. Environ 400 journalistes dont 100 caméras sont massés dans les salons du palace, par terre, dans les canapés, affairés à écrire leur histoire d’avance où il n’y aura plus qu’à remplir les blancs avec la petite phrase du Birman intransigeant, de l’Américain volontariste ou du Thaï placide, qui deviendra le titre de tous les articles du monde dans quelques heures grâce au pouvoir des agences de presse. La rencontre a lieu à huis-clos et il faut attendre la conférence de presse en fin d’après-midi pour boucler la journée. Je discute avec Phil Robertson, d’Human Rights Watch, machine médiatique. Tous les journalistes le connaissent et l’interviewent constamment sur les problématiques humanitaires d’Asie du Sud-Est car il sait tout et parle vrai. C’est lui qui a inventé l’expression “ping-pong humain” pour parler des bateaux de migrants rohingyas et bengalis que personne ne veut laisser débarquer sur son sol. Son organisation n’a pas été conviée à la discussion, les seules ONG représentées sont l’UNHCR (Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies), l’UNODC (Agence des Nations unies de lutte contre les drogues et le crime) et l’OIM (Organisation internationale des migrations). Human Rights Watch n’étant pas en odeur de sainteté en Thaïlande à cause de leurs rapports sans concession, leur site internet est régulièrement bloqué par le gouvernement. Nous discutons les raisons qui font que personne dans la région n’est franchement disposé à aider ces migrants :

  • La Thaïlande est régie depuis un an par une junte militaire, arrivée au pouvoir il y a un an après le coup d’Etat perpétré par le général Prayuth Chan-o-Cha (Chroniques), et le pays ne jouit ni de Constitution, ni de droits civiques, ni de justice civile. Le Général, qui jouit lui de tous les pouvoirs, répète qu’il ne veut pas être au pouvoir et fait tout pour préparer sa sortie. La perspective d’élections recule toutes les semaines, la dernière annonce les place en septembre 2016. Dans ce contexte, un gouvernement qui se proclame haut et fort intérimaire ne ressent aucune envie ni responsabilité de s’engager sur ce champ, social, politique, humanitaire, aux conséquences à court, moyen et long terme.
  • Depuis les années 1970, la Thaïlande a été un pays d’accueil pour des centaines de milliers de réfugiés fuyant la crise indochinoise. Plus de 120 000 personnes issues des minorités ethniques ou de l’opposition politique, qui ont fui la Birmanie dans les années 90 lors du tournant nationaliste du pays aux mille pagodes, vivent toujours dans ces camps le long de la frontière (en bas de page). Une situation stagnante, mélange de misère, d’économie informelle, de blocage administratif, sévit dans ces camps depuis plus de 20 ans. Un schéma que la Thaïlande est peu pressée de répéter dans le sud avec les Rohingyas et les Bengalis.
  • La plus taboue des raisons est sûrement que des communautés entières et nombre d’officiels haut-placés en Birmanie, Bangladesh, Thaïlande, Malaisie tirent un profit phénoménal du trafic humain, comme l’a révélé Jonathan Head dans une enquête de la BBC qui part sur les traces de ce business, du port à la jungle. Un journaliste d’investigation bengali originaire de Cox Bazar, une des principales sources de l’exode, me confie : “Les circuits du trafic humain au Bangladesh sont les mêmes que ceux de la drogue -le yaba-, et les armes. Alors il faudrait faire tomber tout ça mais personne ne va mettre ses mains là-dedans.” Les arrestations médiatisées se multiplient à Ranong, ainsi que la découverte de camps mouroirs dans la jungle, où les trafiquants thaïs et malays enferment et torturent les migrants débarqués des bateaux pour faire payer une rançon de 2000 à 3000 $ aux familles au pays. Le même système dont sont victimes les Erythréens dans le désert libyen sur le chemin vers l’Europe, qui meurent fouettés dans des cases quand leurs proches ne peuvent pas payer.
  • Dernière raison, les Rohingyas sont musulmans et dans ce pays bouddhiste jusqu’à la moelle, à 94%, ils ne suscitent que peu de compassion. Surtout à cause du sentiment d’insécurité dû à l’insurrection qui fait rage dans le sud profond à la frontière malaisienne, depuis des années, invisible, brutale, entre l’armée et une guérilla musulmane muselée et massacrée. Au plus fort de la crise des boat people, les violentes réactions et la désinformation sur les réseaux sociaux sont incroyables. Un éditorialiste thaï se dit effrayé et triste par le manque de cœur de ses pairs dans une chronique largement partagée. En Birmanie, les Musulmans sont également soupçonnés d’être de potentiels terroristes, dans une armée qui n’existe pas (enquête The Intercept).
  • Aung San Suu Kyi reste muette, s’étant même attirée une remarque du dalaï-lama qui pense qu’il faudrait peut-être dire, et pourquoi pas faire, quelque chose à un moment. Les Rohingyas sont considérés comme la minorité la plus persécutée au monde par l’ONU et toujours aucune réaction de la part du Prix Nobel de la Paix sur le traitement qui leur est réservé dans l’Etat de Rakhine (reportage en Birmanie). Peut-être après les élections, prévues en novembre ?
  • Le Bangladesh prévoit tout simplement de déplacer tous les Rohingyas qui vivent actuellement dans des camps le long de la frontière birmane sur une île dans la baie du Bengale, Hatiya Island. Il y a quelques jours, Sheikh Hasina, la Première ministre a qualifié les Rohingyas de “malades mentaux” dans une intervention publique. En 2012, elle a déclaré à Al-Jazeera qu’ils n’étaient “pas de sa responsabilité” et que le Bangladesh était déjà “un pays surpeuplé“.

Le contexte étant posé, revenons-en au sommet, qui se finit avec une heure de retard “à cause d’un problème de photocopies de documents“, à savoir le résumé des décisions de la journée. Je ne trouve pas le stand censé distribuer les accréditations presse, aucun officiel dans les couloirs, le personnel de l’hôtel ne sait pas. Je demande à un groupe de jeunes journalistes thaïs, ils me tendent sans hésiter le badge d’un de leurs collègues, un simple bout de papier où est inscrit “Presse” en anglais et en thaï : “On en a eu trop, pas de souci“. La rédactrice TV, une jeune fille musulmane originaire de Bangkok, porte un voile blanc à dentelles. Elle me demande ce que je pense de la situation et de la haine de l’islam, je lui dis que ce n’est pas propre à l’Asie car ce que j’ai entendu en Thaïlande, je l’ai entendu dans la bouche de Grecs, Français ou Allemands à propos des migrants maghrébins et sub-sahariens en dérive dans la Méditerranée. Je l’ai entendu au bar mais aussi à des tribunes politiques car après tout, la religion n’est qu’un prétexte accepté dans un monde qui recrache ses pauvres hères ayant le malheur de cumuler indigence et peau trop sombre.

Peuple Rohingya Déplacé État De Rakhine
Peuple Rohingya Déplacé État De Rakhine

Ne pas froisser les Birmans

Toute la journée, les participants ont bien veillé à ne pas prononcer le mot Rohingya pour ne pas froisser les Birmans, pour qui c’était une condition de leur participation. Ce peuple, 1,3 million de personnes, n’est pas reconnu officiellement et n’a aucun droit. Le matin ils ont déjà été échaudés par la remarque de Volker Türk (UNHCR) qui a mis sur la table subtilement la question de la citoyenneté. U Htein Lin, chef de la délégation birmane, a rétorqué : “Nous pointer du doigt ne mène nulle part. Vous devriez être mieux informés à l’ONU”. Ambiance.

Après le sommet, place à la conférence pour les journalistes, menée par deux interlocuteurs l’un après l’autre. Norachit Sinhaseni, secrétaire permanent auprès du ministre des Affaires étrangères de Thaïlande, répond aux questions de façon laconique : “Comment pouvez-vous nous convaincre que ce meeting n’était pas seulement cosmétique, au vu du peu de résultats ?” – “Je n’ai pas à vous convaincre de quoi que ce soit, un meeting n’est pas un miracle” / “Combien de migrants sont toujours en mer ?” ” Nous ne savons pas exactement, c’est difficile de faire la différence entre les bateaux de pêche et ces embarcations qui transportent des gens” / “Les Birmans sont-ils d’accord avec les conclusions du sommet ?” – “Ils ont signé le papier”… Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une région dirigée par des régimes autoritaires et que c’est déjà considéré comme une bonne chose que ces gens se soient réunis et encombrés d’un compte-rendu à la presse. Comme le souligne l’ONU, qui salue poliment “un début positif“. Puis Anne Richard, pour la délégation américaine, prend le relais. Elle a l’air d’avoir pris les choses en main et se risque pour la première fois de la journée à prononcer le mot “Rohingyas” en répondant à une question. Elle dit aussi “Les migrants ne devraient pas être pris pour des criminels et devraient être autorisés à se déplacer légalement”.

Américains et États-Unis

Les Américains sont désormais autorisés à utiliser les bases aériennes thaïes, ce qui était sujet à controverse pour une question de souveraineté et d’ingérence, ainsi que l’aéroport de Subang en Malaisie, pour lancer des opérations de recherche par air et en mer. Les Thaïs annoncent mettre en place des plate-formes flottantes et campent sur leurs positions : de l’aide d’urgence en pleine mer (nourriture, eau, gasoil) mais plus de débarquement sur ses côtes, même si les migrants ne veulent plus continuer le voyage au vu des conditions. La Malaisie et l’Indonésie acceptent d’accueillir quelques milliers de migrants sur leur territoire pendant un an, en plus des 3000 déjà débarqués lorsque la Thaïlande a brutalement changé sa politique il y a quelques semaines. Le pays a alors repoussé tout bateau porteur d’humains trafiqués, après le scandale de la découverte des camps mouroirs dans la jungle du sud.

Les États-Unis annoncent un don de 3 M US $ à l’OIM, sur les 26 M US $ requis pour gérer la crise ainsi qu’un projet de relocalisation permanente de milliers de Rohingyas sur son territoire, rappelant qu’ils accueillent plus de réfugiés tous les ans que tous les pays réunis (70 000 environ). Mais pour ça, il faut que les agences internationales aient accès à ces migrants, qui doivent vivre dans des conditions décentes, pour pouvoir faire le “tri” entre réfugiés économiques, demandeurs d’asile, réfugiés politiques, etc. Souvent un réfugié économique, qui a traversé la frontière illégalement de son plein gré devient une victime de trafic humain lorsqu’il est kidnappé et doit verser une rançon sous peine de disparaître dans une fosse commune de la jungle tropicale. Pour démêler ces destins, les autorités doivent collaborer honnêtement avec les partenaires humanitaires mais le dialogue est encore difficile, la plupart de ces pays n’ayant pas signé la Convention relative au statut de réfugié. Surtout, la confusion est largement entretenue car la communauté internationale a bien plus de devoirs envers un réfugié politique qu’un réfugié économique. Il est plus commode d’étiqueter tout le monde “pauvre migrant à la recherche d’un travail” que “personne en danger de mort à cause de son origine” car sinon il faudra commencer à avoir des discussions diplomatiques sérieuses dont personne ne veut. Un processus de relocalisation est une solution à long-terme qui prend au moins un an, mais pour l’heure il faut mener activement des recherches. Phil Robertson réagit dans le Los Angeles Times : “Le problème, c’est qu’en cherchant, on trouve et ces pays veulent bien participer mais préfèrent que ce soit le voisin qui trouve les bateaux plein de migrants car c’est lui qui en sera responsable. C’est comme une chasse aux oeufs de Pâques où personne n’a envie de trouver les œufs”. 

Le fossé entre ce qu’attend l’opinion publique “éclairée”, les victimes, les médias, et le peu de réponses apportées est gigantesque face à ce nouveau drame de boat people. Les opérations de secours se mènent à reculons, après une grosse pression internationale et à part l’Australie qui a annoncé verser quelques millions de dollars à l’État de Rakhine en Birmanie et Cox Bazar au Bangladesh, personne n’a vraiment voulu se pencher trop près sur “les causes de l’exode“. Il faut sauver ces milliers de gens, coincés en mer, emprisonnés dans la jungle, Rohingyas, Bengalis, maintenant. Puis mettre au point des circuits de migration qui ne les condamnent pas inévitablement à l’exploitation et la misère, en faisant tomber des têtes et des réseaux. Enfin rendre leur contrée d’origine plus supportable, politiquement, culturellement, économiquement pour éviter que ces dizaines de milliers de personnes se jettent faute de mieux sur l’infernale route de l’exode.
Toutes ces mesures sont inscrites noir sur blanc dans les conclusions du sommet mais au vu de la réalité des négociations, qui va vraiment vérifier qu’elles soient vraiment appliquées par quiconque, une fois les lumières du show éteintes ?

Pour aller plus loin :

Témoignages de migrants rohingyas recueillis par Human Rights Watch

Le communiqué d’Amnesty International avant le sommet qui appelle à une action immédiate.

Un reportage du Time auprès de Rohingyas réfugiés au Népal, qui préfèrent rester dans un pays violemment fragilisé par le séisme du 25 avril plutôt que rester en Birmanie.

“Nous les innommables – Un tabou birman” : Le livre de la journaliste Sophie Ansel, spécialiste du sujet.

Paru sur Mediapart

Élections 2007-2008 et le roi en Thaïlande

Publié par Laisser un commentaire

Élections 2007-2008 en Thaïlande

Il y eut des élections en décembre 2007 puis en janvier 2008 en Thaïlande. J’ai pu assister à ces campagnes électorales étant présente en Thaïlande. Mais pour un non parlant et encore moins lisant le thaïlandais il m’était très difficile de savoir si l’apparence démocratique était réelle ou non.

Ce que j’ai simplement observé était que la vente d’alcool était interdite depuis le samedi après-midi jusqu’à la fin des élections et la connaissance des résultats le lundi matin, les élections ayant lieu toute la journée du dimanche, jour souvent chômé en Thaïlande.

Ces élections avaient l’air compliquées pour un non initié, étalées sur plusieurs semaines à différents niveaux, mais après tout je n’ai toujours rien compris aux élections américaines.

Chemises Rouges

Les gens de la rue à tous niveaux d’instruction avaient l’air de s’y intéresser, dans les journaux (traduits en anglais, je ne sais si c’était les versions d’origines) des articles dès mon arrivée en octobre 2007 qui avaient l’air libre, parlaient en particulier beaucoup de Thaksin Shinawatra qui était mis en accusation de corruption après le bilan économique de son mandat qui paraît pourtant positif surtout sur le terrain social : son gouvernement a travaillé à un système de salaire minimal et de sécurité sociale qui lui ont valu une popularité à travers le pays. Ses soutiens furent dénommés plus tard les “Chemises Rouges“.

Coup d’état de septembre 2006

Le pays relevait d’un coup d’état militaire du 19 septembre 2006 pour renverser Thaksin Shinawatra. Le premier ministre actuel est Samak Sundaravej, fondateur du parti de droite PTP en 1979 ; le parti démocrate (partie du PDA, Alliance populaire pour la démocratie, formée à l’occasion de la lutte contre Thaksin) a déposé une motion de censure le 18 juin 2008, et malgré le vote majoritaire en faveur de cette motion il s’est maintenu au pouvoir.

Les informations sur la situation actuelle évolue chaque heure depuis le 27 août 2008. Une des premières informations dans la presse française fut donnée par

Ouest France :

Bangkok : la police anti-émeutes encercle le siège du gouvernement. Puis le 28,

les échos :

Thaïlande : les autorités tentent de négocier une issue pacifique à la crise.

Parmi les dernières on peut trouver dans le Nouvel Obs :

Incidents et retrait policier en Thaïlande,

donc le calme reviendrait, mais tout n’est pas dit ni fait pour le moment puisque le premier ministre mit en minorité est toujours en place et accusé de jouer le jeu de son prédécesseur Thaksin qui vit à Londres.

Soutien au roi : Les Chemises Jaunes

Surtout tenir compte de quelques points dont il n’est pas question dans les journaux : le roi. Il est vieux. Bhumibol Adulyadej, couronné sous le nom de Rama IX le 5 mai 1950, est né le 5 décembre 1927 aux USA, son éducation se fit en Suisse.

Il a toujours appuyé par ses discours la démocratie, et il est littéralement adoré par son peuple, les Thaïlandais, mais ses pouvoirs sont restreints c’est une monarchie constitutionnelle depuis 1932. Par contre son fils, qui devrait lui succéder, « bénéficie » du mépris de ce même peuple, à cause de sa vie « dissolue » et surtout de son désintérêt pour la royauté et les gouvernements de son pays.

Partout des portraits du roi, dans les rues et sur les routes de grands panneaux, dans les temples bouddhistes sur des calendriers, sur les marchés des photos de lui, des effigies sous toutes les formes, statues, broches, bagues, partout et en toutes occasions. La couleur jaune est son symbole, la plupart porte un tee-shirt jaune en son honneur le lundi ou à d’autres occasions. Ses soutiens s’appelèrent plus tard les ”  Chemises Jaunes” .

De mon (petit) point de vue si le roi actuel meurt, la Thaïlande pourrait s’engager dans des régimes non-démocratiques, mais aussi peut-être moins pro-américains, car des prémices de cela s’est vu dans le coup d’état de 2006.

la documentation pour cet article en plus des liens sur les mots sont

wikipedia en anglais : Samak Sundaravej,

en français Thaksin Shinawatra,

Thaïlande francophone Rama IX.

Pas facile de faire un tel article, court et objectif sur un si compliqué sujet, j’aurais essayé.