Thaïlande : la mauvaise réputation des touristes chinois

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Touristes Chinois en Thaïlande

Des temples de Louxor aux hôtels parisiens, les touristes chinois ont acquis, à tort ou à raison, une solide réputation de gens aux mauvaises manières. Mais c’est peut-être en Thaïlande qu’ils sont le plus décriés. Avec près de cinq millions de touristes, la Chine représente cependant la plus importante manne financière pour la Thaïlande.

L’an dernier, certains touristes chinois ont été liés à une longue série d’incidents, photographiés ou filmés, puis répercutés sur les réseaux sociaux. Il y a eu toute une controverse à propos de l’utilisation inappropriée des toilettes à l’intérieur d’un temple bouddhique du nord de la Thaïlande. Le gérant du temple a même été jusqu’à interdire pendant une courte durée l’entrée du temple aux Chinois. Parmi les autres incidents, un Chinois qui frappe du pied une cloche dans un temple bouddhique – ce qui représente une très grave offense pour les Thaïlandais – ou encore, des demoiselles chinoises faisant sécher leurs sous-vêtements sur les sièges de l’aéroport.

Il existe un contraste assez frappant entre d’une part l’attitude culturelle en Thaïlande, qui, généralement met en avant le respect et la discrétion et, d’autre part, la décontraction bruyante des Chinois. Cela concerne souvent des atteintes à des lieux religieux, auxquelles les Thaïlandais sont très sensibles. Cela semble montrer, en outre, à quel point le bouddhisme est tombée en désuétude en Chine.

Le tourisme maintient l’économie thaïlandaise

Mais la contribution financière des touristes chinois à l’économie thaïlandaise étant significative, certaines actions ont été entreprises pour améliorer la situation. Les Chinois représentent désormais 20% des touristes en Thaïlande. Or, le tourisme est l’une des rares activités économiques qui se maintient dans le royaume. La junte thaïlandaise veut donc maintenir et même augmenter le nombre de Chinois visitant le pays, mais en limitant l’impact négatif. Parmi les mesures prises, la publication en près de 100 000 exemplaires d’une brochure distribuée aux touristes chinois, laquelle dit par exemple qu’il ne faut pas crier dans un lieu public ou qu’il faut enlever ses chaussures à l’entrée des temples bouddhiques.

Le gouvernement chinois s’est emparé du problème

Les autorités chinoises, bien conscientes du problème, ont aussi lancé des campagnes de relations publiques pour éduquer leurs citoyens sur l’étiquette à respecter lorsque l’on voyage à l’étranger. Quant aux récidivistes, ils sont l’objet d’un contrôle spécifique par Pékin. Beaucoup d’internautes chinois déplorent aussi la conduite de leurs compatriotes malpolis, lesquels, disent-ils, ne représentent qu’une minorité.

Les pays occidentaux ayant plus ou moins boycotté la Thaïlande depuis le coup d’État de l’an dernier, celle-ci s’est fortement rapprochée de la Chine. Économiquement d’abord, la Chine va construire un train à grande vitesse à travers le pays, mais aussi politiquement et même militairement, la marine thaïlandaise étant sur le point d’acheter trois sous-marins de fabrication chinoise.

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20150709-thailande-chine-chinois-tourisme-mauvais/ Avec leur correspondant à Bangkok,  Arnaud Dubus

Pourquoi le monde laisse t-il mourir les Rohingyas ?

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Pourquoi le monde laisse t-il mourir les Rohingyas ?

Ce vendredi, le « Sommet spécial sur la migration illégale dans l’océan Indien » s’est tenu à Bangkok, avec des représentants de 17 pays impliqués dans le processus de Bali sur la traite des êtres humains, des ONG, des observateurs (Japon, Suisse, USA). Une occasion de se frotter au cirque médiatique du hard news en Asie et de se faire une idée sur ce genre de rencontres internationales qui ponctuent l’actualité. Aussi, je voulais savoir s’il y avait une chance que le sort des Rohingyas s’améliore grâce à ce focus, après avoir visité Ranong, une des plaques tournantes du trafic de migrants dans le golfe de Thaïlande il y a quelques mois. La réponse est non, car tant qu’ils ne sont pas reconnus comme êtres humains avec des droits, rien ne changera.

J’arrive vers 15h30 à l’hôtel de luxe Anantara Siam, au coeur de Bangkok, ayant fait l’impasse sur le discours d’ouverture du ministre des Affaires étrangères le matin, plein d’expressions vaguement humanistes, disponible via ce lien (en anglais). Le message principal est qu’il faut se “partager le fardeau“. Environ 400 journalistes dont 100 caméras sont massés dans les salons du palace, par terre, dans les canapés, affairés à écrire leur histoire d’avance où il n’y aura plus qu’à remplir les blancs avec la petite phrase du Birman intransigeant, de l’Américain volontariste ou du Thaï placide, qui deviendra le titre de tous les articles du monde dans quelques heures grâce au pouvoir des agences de presse. La rencontre a lieu à huis-clos et il faut attendre la conférence de presse en fin d’après-midi pour boucler la journée. Je discute avec Phil Robertson, d’Human Rights Watch, machine médiatique. Tous les journalistes le connaissent et l’interviewent constamment sur les problématiques humanitaires d’Asie du Sud-Est car il sait tout et parle vrai. C’est lui qui a inventé l’expression “ping-pong humain” pour parler des bateaux de migrants rohingyas et bengalis que personne ne veut laisser débarquer sur son sol. Son organisation n’a pas été conviée à la discussion, les seules ONG représentées sont l’UNHCR (Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies), l’UNODC (Agence des Nations unies de lutte contre les drogues et le crime) et l’OIM (Organisation internationale des migrations). Human Rights Watch n’étant pas en odeur de sainteté en Thaïlande à cause de leurs rapports sans concession, leur site internet est régulièrement bloqué par le gouvernement. Nous discutons les raisons qui font que personne dans la région n’est franchement disposé à aider ces migrants :

  • La Thaïlande est régie depuis un an par une junte militaire, arrivée au pouvoir il y a un an après le coup d’Etat perpétré par le général Prayuth Chan-o-Cha (Chroniques), et le pays ne jouit ni de Constitution, ni de droits civiques, ni de justice civile. Le Général, qui jouit lui de tous les pouvoirs, répète qu’il ne veut pas être au pouvoir et fait tout pour préparer sa sortie. La perspective d’élections recule toutes les semaines, la dernière annonce les place en septembre 2016. Dans ce contexte, un gouvernement qui se proclame haut et fort intérimaire ne ressent aucune envie ni responsabilité de s’engager sur ce champ, social, politique, humanitaire, aux conséquences à court, moyen et long terme.
  • Depuis les années 1970, la Thaïlande a été un pays d’accueil pour des centaines de milliers de réfugiés fuyant la crise indochinoise. Plus de 120 000 personnes issues des minorités ethniques ou de l’opposition politique, qui ont fui la Birmanie dans les années 90 lors du tournant nationaliste du pays aux mille pagodes, vivent toujours dans ces camps le long de la frontière (en bas de page). Une situation stagnante, mélange de misère, d’économie informelle, de blocage administratif, sévit dans ces camps depuis plus de 20 ans. Un schéma que la Thaïlande est peu pressée de répéter dans le sud avec les Rohingyas et les Bengalis.
  • La plus taboue des raisons est sûrement que des communautés entières et nombre d’officiels haut-placés en Birmanie, Bangladesh, Thaïlande, Malaisie tirent un profit phénoménal du trafic humain, comme l’a révélé Jonathan Head dans une enquête de la BBC qui part sur les traces de ce business, du port à la jungle. Un journaliste d’investigation bengali originaire de Cox Bazar, une des principales sources de l’exode, me confie : “Les circuits du trafic humain au Bangladesh sont les mêmes que ceux de la drogue -le yaba-, et les armes. Alors il faudrait faire tomber tout ça mais personne ne va mettre ses mains là-dedans.” Les arrestations médiatisées se multiplient à Ranong, ainsi que la découverte de camps mouroirs dans la jungle, où les trafiquants thaïs et malays enferment et torturent les migrants débarqués des bateaux pour faire payer une rançon de 2000 à 3000 $ aux familles au pays. Le même système dont sont victimes les Erythréens dans le désert libyen sur le chemin vers l’Europe, qui meurent fouettés dans des cases quand leurs proches ne peuvent pas payer.
  • Dernière raison, les Rohingyas sont musulmans et dans ce pays bouddhiste jusqu’à la moelle, à 94%, ils ne suscitent que peu de compassion. Surtout à cause du sentiment d’insécurité dû à l’insurrection qui fait rage dans le sud profond à la frontière malaisienne, depuis des années, invisible, brutale, entre l’armée et une guérilla musulmane muselée et massacrée. Au plus fort de la crise des boat people, les violentes réactions et la désinformation sur les réseaux sociaux sont incroyables. Un éditorialiste thaï se dit effrayé et triste par le manque de cœur de ses pairs dans une chronique largement partagée. En Birmanie, les Musulmans sont également soupçonnés d’être de potentiels terroristes, dans une armée qui n’existe pas (enquête The Intercept).
  • Aung San Suu Kyi reste muette, s’étant même attirée une remarque du dalaï-lama qui pense qu’il faudrait peut-être dire, et pourquoi pas faire, quelque chose à un moment. Les Rohingyas sont considérés comme la minorité la plus persécutée au monde par l’ONU et toujours aucune réaction de la part du Prix Nobel de la Paix sur le traitement qui leur est réservé dans l’Etat de Rakhine (reportage en Birmanie). Peut-être après les élections, prévues en novembre ?
  • Le Bangladesh prévoit tout simplement de déplacer tous les Rohingyas qui vivent actuellement dans des camps le long de la frontière birmane sur une île dans la baie du Bengale, Hatiya Island. Il y a quelques jours, Sheikh Hasina, la Première ministre a qualifié les Rohingyas de “malades mentaux” dans une intervention publique. En 2012, elle a déclaré à Al-Jazeera qu’ils n’étaient “pas de sa responsabilité” et que le Bangladesh était déjà “un pays surpeuplé“.

Le contexte étant posé, revenons-en au sommet, qui se finit avec une heure de retard “à cause d’un problème de photocopies de documents“, à savoir le résumé des décisions de la journée. Je ne trouve pas le stand censé distribuer les accréditations presse, aucun officiel dans les couloirs, le personnel de l’hôtel ne sait pas. Je demande à un groupe de jeunes journalistes thaïs, ils me tendent sans hésiter le badge d’un de leurs collègues, un simple bout de papier où est inscrit “Presse” en anglais et en thaï : “On en a eu trop, pas de souci“. La rédactrice TV, une jeune fille musulmane originaire de Bangkok, porte un voile blanc à dentelles. Elle me demande ce que je pense de la situation et de la haine de l’islam, je lui dis que ce n’est pas propre à l’Asie car ce que j’ai entendu en Thaïlande, je l’ai entendu dans la bouche de Grecs, Français ou Allemands à propos des migrants maghrébins et sub-sahariens en dérive dans la Méditerranée. Je l’ai entendu au bar mais aussi à des tribunes politiques car après tout, la religion n’est qu’un prétexte accepté dans un monde qui recrache ses pauvres hères ayant le malheur de cumuler indigence et peau trop sombre.

Peuple Rohingya Déplacé État De Rakhine
Peuple Rohingya Déplacé État De Rakhine

Ne pas froisser les Birmans

Toute la journée, les participants ont bien veillé à ne pas prononcer le mot Rohingya pour ne pas froisser les Birmans, pour qui c’était une condition de leur participation. Ce peuple, 1,3 million de personnes, n’est pas reconnu officiellement et n’a aucun droit. Le matin ils ont déjà été échaudés par la remarque de Volker Türk (UNHCR) qui a mis sur la table subtilement la question de la citoyenneté. U Htein Lin, chef de la délégation birmane, a rétorqué : “Nous pointer du doigt ne mène nulle part. Vous devriez être mieux informés à l’ONU”. Ambiance.

Après le sommet, place à la conférence pour les journalistes, menée par deux interlocuteurs l’un après l’autre. Norachit Sinhaseni, secrétaire permanent auprès du ministre des Affaires étrangères de Thaïlande, répond aux questions de façon laconique : “Comment pouvez-vous nous convaincre que ce meeting n’était pas seulement cosmétique, au vu du peu de résultats ?” – “Je n’ai pas à vous convaincre de quoi que ce soit, un meeting n’est pas un miracle” / “Combien de migrants sont toujours en mer ?” ” Nous ne savons pas exactement, c’est difficile de faire la différence entre les bateaux de pêche et ces embarcations qui transportent des gens” / “Les Birmans sont-ils d’accord avec les conclusions du sommet ?” – “Ils ont signé le papier”… Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une région dirigée par des régimes autoritaires et que c’est déjà considéré comme une bonne chose que ces gens se soient réunis et encombrés d’un compte-rendu à la presse. Comme le souligne l’ONU, qui salue poliment “un début positif“. Puis Anne Richard, pour la délégation américaine, prend le relais. Elle a l’air d’avoir pris les choses en main et se risque pour la première fois de la journée à prononcer le mot “Rohingyas” en répondant à une question. Elle dit aussi “Les migrants ne devraient pas être pris pour des criminels et devraient être autorisés à se déplacer légalement”.

Américains et États-Unis

Les Américains sont désormais autorisés à utiliser les bases aériennes thaïes, ce qui était sujet à controverse pour une question de souveraineté et d’ingérence, ainsi que l’aéroport de Subang en Malaisie, pour lancer des opérations de recherche par air et en mer. Les Thaïs annoncent mettre en place des plate-formes flottantes et campent sur leurs positions : de l’aide d’urgence en pleine mer (nourriture, eau, gasoil) mais plus de débarquement sur ses côtes, même si les migrants ne veulent plus continuer le voyage au vu des conditions. La Malaisie et l’Indonésie acceptent d’accueillir quelques milliers de migrants sur leur territoire pendant un an, en plus des 3000 déjà débarqués lorsque la Thaïlande a brutalement changé sa politique il y a quelques semaines. Le pays a alors repoussé tout bateau porteur d’humains trafiqués, après le scandale de la découverte des camps mouroirs dans la jungle du sud.

Les États-Unis annoncent un don de 3 M US $ à l’OIM, sur les 26 M US $ requis pour gérer la crise ainsi qu’un projet de relocalisation permanente de milliers de Rohingyas sur son territoire, rappelant qu’ils accueillent plus de réfugiés tous les ans que tous les pays réunis (70 000 environ). Mais pour ça, il faut que les agences internationales aient accès à ces migrants, qui doivent vivre dans des conditions décentes, pour pouvoir faire le “tri” entre réfugiés économiques, demandeurs d’asile, réfugiés politiques, etc. Souvent un réfugié économique, qui a traversé la frontière illégalement de son plein gré devient une victime de trafic humain lorsqu’il est kidnappé et doit verser une rançon sous peine de disparaître dans une fosse commune de la jungle tropicale. Pour démêler ces destins, les autorités doivent collaborer honnêtement avec les partenaires humanitaires mais le dialogue est encore difficile, la plupart de ces pays n’ayant pas signé la Convention relative au statut de réfugié. Surtout, la confusion est largement entretenue car la communauté internationale a bien plus de devoirs envers un réfugié politique qu’un réfugié économique. Il est plus commode d’étiqueter tout le monde “pauvre migrant à la recherche d’un travail” que “personne en danger de mort à cause de son origine” car sinon il faudra commencer à avoir des discussions diplomatiques sérieuses dont personne ne veut. Un processus de relocalisation est une solution à long-terme qui prend au moins un an, mais pour l’heure il faut mener activement des recherches. Phil Robertson réagit dans le Los Angeles Times : “Le problème, c’est qu’en cherchant, on trouve et ces pays veulent bien participer mais préfèrent que ce soit le voisin qui trouve les bateaux plein de migrants car c’est lui qui en sera responsable. C’est comme une chasse aux oeufs de Pâques où personne n’a envie de trouver les œufs”. 

Le fossé entre ce qu’attend l’opinion publique “éclairée”, les victimes, les médias, et le peu de réponses apportées est gigantesque face à ce nouveau drame de boat people. Les opérations de secours se mènent à reculons, après une grosse pression internationale et à part l’Australie qui a annoncé verser quelques millions de dollars à l’État de Rakhine en Birmanie et Cox Bazar au Bangladesh, personne n’a vraiment voulu se pencher trop près sur “les causes de l’exode“. Il faut sauver ces milliers de gens, coincés en mer, emprisonnés dans la jungle, Rohingyas, Bengalis, maintenant. Puis mettre au point des circuits de migration qui ne les condamnent pas inévitablement à l’exploitation et la misère, en faisant tomber des têtes et des réseaux. Enfin rendre leur contrée d’origine plus supportable, politiquement, culturellement, économiquement pour éviter que ces dizaines de milliers de personnes se jettent faute de mieux sur l’infernale route de l’exode.
Toutes ces mesures sont inscrites noir sur blanc dans les conclusions du sommet mais au vu de la réalité des négociations, qui va vraiment vérifier qu’elles soient vraiment appliquées par quiconque, une fois les lumières du show éteintes ?

Pour aller plus loin :

Témoignages de migrants rohingyas recueillis par Human Rights Watch

Le communiqué d’Amnesty International avant le sommet qui appelle à une action immédiate.

Un reportage du Time auprès de Rohingyas réfugiés au Népal, qui préfèrent rester dans un pays violemment fragilisé par le séisme du 25 avril plutôt que rester en Birmanie.

“Nous les innommables – Un tabou birman” : Le livre de la journaliste Sophie Ansel, spécialiste du sujet.

Paru sur Mediapart

Hong-Kong : les anti-occupy imbéciles !

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Il s’est passé ici quelque chose d’assez drôle. Un groupe d’anti-Occupy (même si le mouvement s’appelle maintenant ‘Umbrella revolution’, puisqu’il déborde de loin le premier mouvement ‘Occupy Central with Love and Peace’ organisé par des universitaires, ceux qui sont contre s’appellent eux-mêmes encore ‘anti-Occupy Central’) sont venus manifester à la Chinese University pour demander la démission du patron de l’université.

Il s’agit de Joseph Sung, un médecin qui a joué un rôle important pendant l’épidémie de SRAS et que TOUT LE MONDE respecte et aime (c’est un très bon calligraphe en plus).

Or, le titre des patrons d’université à Hong Kong est ‘vice-chancelor’, celui de ‘chancelor’ étant un titre honorifique réservé au chief executive (et au gouverneur pendant l’époque coloniale). Ces abrutis d’anti-Occupy, montrant bien le niveau d’ignorance et d’imbécilité général qui règne dans leurs rangs, exigeaient la démission du ‘chancelor’ de l’université. Ils étaient entourés d’un énorme groupe d’étudiants qui ont tout de suite approuvé, applaudissant bruyamment à l’idée que CY Leung (Leung Chun-ying) démissionne de son poste. Ne comprenant pas la gaffe qu’ils venaient de faire, les anti-Occupy étaient très contents, et un peu surpris, de se voir approuvés par ceux qu’ils prenaient pour des ennemis. Très désolé d’avoir loupé ça ! le campus est immense, mais c’est passé sur Facebook.occupy hong-kong

Il y a une semaine des fuites ont révélé que CY Leung avait reçu d’énormes pots-de-vin d’une firme australienne. Bien sûr il s’en défend en essayant de montrer que tout est très légal (le conseil législatif vient de rejeter la possibilité d’une enquête, les fumiers !). Mais tout le monde pense que cette ‘fuite’ a été provoquée par Pékin, ça leur permettrait de lui demander de partir en sauvant la face : s’il est corrompu, c’est exactement le genre de personnes que Xi Jinping veut pourchasser, et le parti communiste pourra satisfaire au moins une demande des manifestants sans avoir aucune raison de vraiment parler de démocratie.

Ma crainte : s’ils arrivent à faire partir CY Leung de cette façon et que les manifestations continuent (et comme le problème est bien plus grave que CY Leung : son départ ne résoudra ni le problème de la démocratie, ni celui structurel du choix d’une économie purement néolibérale qui a créé tant d’inégalités et de souffrances ici), ça pourrait aussi donner à Pékin une excuse pour faire intervenir l’armée populaire de libération. Et si cela arrive, ce sera Tiananmen à nouveau. Mais j’anticipe et je noircis : s’ils font ça, c’en sera fini de Hong Kong et de tous les immenses avantages que l’ancienne colonie pourvoit à la Chine en général et à ses milliers de fonctionnaires corrompus.

Autrement, aucune accalmie entre la police et les manifestants, la police recommence à utiliser les ‘pepper spray’, à tabasser et à arrêter n’importe qui (ils ont même arrêté une journaliste américaine de Fox News qui prenaient des photos debout sur une voiture ; honnêtement, connaissant Fox News et leur position politique, ça appartient à l’une des pires personnes du monde, Rupert Murdoch, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire).

Peut-être un petit petit espoir : le gouvernement a accepté de s’asseoir et discuter avec les manifestants. Ils ont demandé un médiateur qui est le représentant de tous les vice-chancelor des universités. On verra, mais la dernière fois que le gouvernement a accepté de parler, ils ont tout de suite rompu leur promesse et ont reporté à une autre fois. Impossible de leur faire confiance, et de toute façon ils ont déjà annoncé que le ‘framework’ défini par le ‘National Party’s Congress Standing Committee’. Aucun véritable espoir donc.

Frank Vigneron sur le blog de Paul Jorion

Hong Kong: la police procède à des arrestations, nouveaux heurts

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Des heurts entre policiers, manifestants et habitants de Hong Kong se poursuivaient samedi, 24 heures après le basculement dans la violence de la « révolution des parapluies ». Durant la nuit de vendredi à samedi, alors que les heurts de la journée de vendredi auraient fait 12 blessés, la police a procédé à 19 arrestations, dont celles de 8 individus soupçonnés de liens avec la Triade, la mafia chinoise.

Depuis vendredi matin, des activistes pro-démocratie ont été pris à partie par des individus décrits par certains comme des « hommes de main »rémunérés par des habitants de l’île en colère. Ces derniers jugent que le mouvement étudiant met en péril l’économie locale. En une semaine, le mouvement contestataire s’est amplifié et a gagné de nouveaux quartiers, en particulier le quartier commerçant de Mongkok, situé face à l’île de Hong Kong, très fréquenté par les touristes chinois.

Ces « fauteurs de trouble » qui s’en sont pris vendredi à de nombreux manifestants, auraient des connexions avec la mafia chinoise, et auraient été rémunérés pour mener leurs attaques. Le Financial Times cite une proposition financière de base, fixée à 300 dollars (environ 30 dollars) hongkongais pour les agitateurs – avec un bonus si des destructions ont effectivement lieu.

Samedi, les forces de l’ordre tentaient de tenir les deux groupes à l’écart. Mais certains accusaient la police de ne pas intervenir suffisamment pour protéger les activistes pro-démocratie. Samedi matin, le nombre d’étudiants mobilisés dépassait largement celui de leurs assaillants, à Mongkok. À l’inverse, dans d’autres quartiers, le mouvement étudiant semblait s’essouffler.

Des témoignages concordants ont par ailleurs fait état d’agressions sexuelles à l’encontre d’étudiantes dans plusieurs endroits de la ville, d’ordinaire considérée comme très sûre.

Lire une première analyse à chaud du mouvement des parapluies sur le blog de Jean-Philippe Béja, dans le club de Mediapart.

source : Mediapart

Hong Kong : les pro-démocratie visés par des contre-manifestants

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Dans plusieurs quartiers, des habitants s’en sont pris aux manifestants pro-démocratie et ont tenté de démonter leurs barricades.

Le mouvement pro-démocratie à Hong Kong semblait s’essouffler, vendredi 3 octobre, au lendemain de la conclusion d’un accord avec les autorités et alors qu’éclataient de nouveaux incidents entre manifestants et une partie des habitants de l’île.

Alors que, jeudi soir, les représentants des étudiants ont annoncé qu’ils acceptaient la proposition de dialogue faite quelques heures plus tôt par le gouvernement, une bonne partie des manifestants ont quitté durant la nuit les abords du siège du conseil législatif et de l’exécutif local qu’ils occupaient. Vendredi matin, seuls une centaine de manifestants restaient sur place.

Dans plusieurs zones de la ville, des militants pro-démocratie ont été pris à partie par des habitants les accusant de mettre en danger l’économie locale. À Mong Kok, quartier commerçant situé en face de l’île de Hong Kong et lieu de rassemblement du mouvement, une contre-manifestation s’en est prise à un groupe de 200 manifestants et a tenté de démonter les barricades installées. La police a dû intervenir pour séparer les deux groupes.

Des affrontements entre manifestants et contre-manifestants ont également eu lieu à Cause Bay, autre grand quartier commercial.

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Le mouvement pro-démocratie doit également faire face à un durcissement de ton de la part des forces de l’ordre, qui menacent de plus en plus précisément de recourir à la force. Le week-end dernier déjà, les policiers avaient pour la première fois fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les rassemblements. Jeudi soir, les forces de l’ordre ont ostensiblement déchargé, sous les yeux des manifestants, des caisses de balles en caoutchouc. « Le gouvernement et la police appellent ceux qui sont rassemblés aux abords du quartier général de la police, du CGO et du CEO à ne plus bloquer leurs accès et à se disperser le plus pacifiquement possible », appelait un communiqué des autorités diffusé quelques heures après l’annonce de l’accord.

Les étudiants, à la pointe du mouvement, avaient lancé un ultimatum aux autorités en exigeant la démission avant jeudi minuit du chef de l’exécutif local, Leung Chun-ying, et l’ouverture de négociations en vue de l’organisation d’élections libres à Hong Kong en 2017. Sans surprise, le gouvernement avait rejeté ces demandes, tout en proposant aux étudiants l’ouverture d’un dialogue avec la secrétaire en chef de son gouvernement, une proposition acceptée par les représentants des manifestants.

Source : Mediapart
voir aussi La Croix

Thaïlande : les élites contre les paysans

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Destitution d’un représentant Rouge

La destitution de la première ministre thaïlandaise, Yingluck Shinawatra, par la Cour constitutionnelle

le 7 mai, ressemble à bien des égards à un règlement de compte politique déguisé en jugement de droit. La Cour s’est certes appuyée sur la loi pour décider que le transfert du secrétaire général du conseil de sécurité nationale par Mme Shinawatra, en 2011, équivalait à un « abus de pouvoir » : il est vrai que ce transfert avait permis à un membre de la famille de la première ministre de devenir chef de la police…

Mais l’argument, qui s’appuie sur la référence à des « principes moraux », pèse d’un poids relatif au regard du népotisme couramment pratiqué en Thaïlande. Pour de nombreux analystes, la décision de la Cour est inséparable du contexte politique actuel.

Explication :

Manifestations des Jaunes

depuis plus de cinq mois, une horde de manifestants antigouvernementaux défile ou bloque par intermittence les rues de Bangkok pour exiger le départ de « Yingluck »

Leur bête noire est en fait le frère de cette dernière, l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, aujourd’hui en exil, et qui focalise non seulement la colère des manifestants, mais aussi celle de ce qu’il est convenu d’appeler ici les « élites traditionnelles » : un establishment regroupant grosso modo l’armée, le palais royal et certaines riches familles du monde des affaires, tous hostiles au « clan » des Shinawatra.

Quand on sait que toutes les grandes institutions du royaume, Cour constitutionnelle comprise, sont inféodées à ces mêmes élites, il est assez facile pour les partisans de Yingluck et de « Monsieur frère » d’en déduire que cette destitution s’apparente à un « coup d’État judiciaire »… Analyse d’Ekachai Chainuvati, recteur adjoint de la faculté de droit de l’université du Siam, à Bangkok : « La Thaïlande est une “juristocracie”, un système de gouvernement gouverné par des juges. »

Le passage aux affaires de Thaksin, renversé par un coup d’État militaire en 2006, avait été marqué à la fois par la corruption, une gouvernance parfois peu démocratique, l’évolution vers une économie plus mondialisée et l’enrichissement des classes paysannes. Dans la rue, les manifestants réclament la démission de la sœur de Thaksin, précisément au nom des abus liés à la corruption, même si celle-ci a été le lot de tous les gouvernements. Ils demandent une réforme des institutions, remettent en question le concept d’une démocratie à l’occidentale et prônent l’instauration d’un Conseil du peuple remplaçant l’actuel gouvernement élu. Sans que l’on voie très bien comment serait mis en place ce nouveau système chargé d’un grand « nettoyage » à l’issue duquel des dirigeants « propres » feraient de nouveau face aux urnes.

Mais l’essentiel est ailleurs : la Thaïlande, qui est entrée en 2014 dans sa septième année d’instabilité politique, traverse l’une des phases les plus complexes et les plus dangereuses de son histoire moderne. D’un côté, les tenants de ces « élites traditionnelles », dont l’image tutélaire est celle du vieux roi Bhumibol, s’appuient sur la classe moyenne de Bangkok pour faire pièce à une sorte de « révolution » sociale dont le milliardaire Thaksin avait curieusement été le parangon. Et dont la sœur personnifiait l’héritage.

LA « BATAILLE FINALE »

Du côté pro gouvernemental, les fameuses « chemises rouges » de Thaksin sont dans leur grande majorité issues des campagnes plus déshéritées qui ont moins bénéficié que les autres du miracle économique des années 1980. Et c’est Thaksin qui a aidé les plus pauvres à gravir quelque peu l’échelle sociale à coups de subventions et grâce à la mise en place d’une couverture universelle des soins médicaux. Résultat, la suprématie démographique des campagnes « rouges » a permis à Thaksin et à ses successeurs de remporter toutes les élections depuis 2001.

Conséquence : il est difficile pour les « élites » d’accepter le nouveau poids politique que pèsent ces paysans – ou ces gens d’origine paysanne –, dont la montée en puissance menace l’essence même d’une Thaïlande plus traditionnelle et conservatrice, naguère tout entière consumée dans sa révérence aux puissants.

Après la destitution de Yingluck, l’impasse se prolonge. La Cour n’ayant destitué que la chef de gouvernement et neuf ministres, c’est le même cabinet qui reste au pouvoir. Ce même gouvernement que Thaksin est accusé d’avoir « piloté » depuis son exil de Dubaï où il s’est réfugié pour échapper à des accusations de corruption.

Yingluck, novice en politique au moment de son élection en 2011, n’était en effet que le « clone » de son frère… Quant au nouveau premier ministre par intérim, Niwattumrong Boonsongpaisan, il est lui aussi un proche de Thaksin. Ce qui a poussé les manifestants, ces « jaunes » se réclamant de la couleur du roi, à redescendre dans la rue en masse depuis vendredi. Ils menacent de mener leur « bataille finale » si, dans les prochaines heures, un nouveau premier ministre « neutre » n’est pas nommé.

Pendant ce temps, dans un autre quartier de Bangkok, les « chemises rouges » se sont rassemblées depuis samedi et brandissent l’épouvantail d’une « guerre civile » si le gouvernement est dissous. Pour l’instant, la confrontation entre « jaunes » et « rouges » n’a pas eu lieu. Mais l’incertitude domine alors que des rumeurs d’un nouveau coup d’État se propagent.

source Le Monde