Cambodge : 25 ans après les Accords de Paris

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Anniversaire des Accords de Paris

Le Ministère cambodgien des Affaires étrangères et l’Ambassade de France à Phnom Penh ont organisé conjointement une séance académique pour marquer le 25e anniversaire des Accords de Paris, signés le 23 octobre 1991. La tonalité de la majorité des interventions relevait des propos convenus sur le « succès » de ces Accords. Toutefois, le Ministre cambodgien lui-même a tenu à indiquer :

« Pour celles et ceux qui, demeurés au Cambodge, survécurent à la tragédie du régime de Pol Pot et se réjouirent d’avoir été libérés de la tyrannie, les Accords de Paris constituent une étape dans un processus entamé le 7 janvier 1979. Pas une fin en soi. Une étape, parce que tout ce qui a précédé était incompréhensible à nos yeux : la négation par la communauté occidentale des crimes de masse commis dans notre pays, le maintien d’un dirigeant Khmer rouge comme représentant du à l’, la décision d’interdire toute aide au développement à un pays totalement détruit et à une société disloquée ayant perdu ses repères et ses élites, tout cela fut décidé dans le cadre des Nations Unies. Telle fut la réalité diplomatique des années qui ont suivi notre libération, de 1980 à 1991. J’ai eu l’occasion de le dire il y a quelques semaines devant l’assemblée générale de l’, il y a pour nous un passé qui ne passe pas. Nous avons pris conscience de l’instrumentalisation du thème de la démocratie et de celui des droits de l’Homme selon les opportunités géopolitiques du moment. Et il est des Etats qui peuvent tout se permettre sans jamais être condamnés. Ce ne sont pas les principes qui guident les relations internationales, ce sont les intérêts du moment. C’est donc avec cette lucidité qu’il nous faut regarder, 25 ans après, ce qu’ont représenté les Accords de Paris ».

Carte Asie du Sud Est
Carte Asie du Sud Est ou ASE

Nations Unies au Cambodge

Pour ma part, j’ai proposé une lecture critique des Accords de Paris et de la manière dont ils ont été mis en œuvre par l’Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge (APRONUC) dont j’étais un consultant :

Les Accords de Paris furent, à de rares exceptions près, très positivement accueillis par la plupart des observateurs et leur mise en œuvre par l’APRONUC eut droit le plus souvent à des évaluations très positives. Aujourd’hui, des analyses plus nuancées ont été publiées en particulier dans le cadre de travaux comparant plusieurs opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Pour ma part, ce n’est pas comme politologue ou comme intellectuel, au sens que Malraux donnait à ce mot, mais c’est tout simplement comme être humain, que je ne peux partager ce degré de satisfaction que j’ai pu entendre.

J’ai bien entendu l’exposé de l’Ambassadeur Levitte. Il ne peut y avoir de malentendu. J’ai le plus grand respect, Ambassadeur Levitte, pour l’intelligence avec laquelle vous avez exposé votre analyse des Accords de Paris. De l’admiration même. Parce que tout votre propos exprime avec brio cette capacité qui est la vôtre de vous hisser au niveau où on se doit de prendre en compte toutes les données d’un problème, toutes les contraintes, parfois contradictoires, des situations et, souvent, toutes les contradictions des acteurs en présence.

Mon niveau, celui où je me suis tenu et où je me tiens encore, c’est celui que j’ai perçu comme étant le niveau des survivants de l’holocauste cambodgien. C’est aussi celui d’un Européen honteux d’avoir vu des pays qui me sont particulièrement chers, la Belgique et la France, punir avec d’autres les Cambodgiens d’avoir été libérés par les Vietnamiens en adoptant à l’ONU les positions que l’on sait. Si depuis 27 ans, j’entretiens avec ma troisième patrie – au sens où Cicéron entendait ce mot – un lien si intense, c’est comme une manière de demander pardon pour le mal que nous avons fait, pardon pour l’injustice que nous avons commise depuis le confort des chancelleries où on joue le sort des peuples comme des pions sur un jeu d’échec.  Ce qui vous a distingué de beaucoup d’autres, Ambassadeur Levitte, c’est que dans les négociations, vous avez apporté cette touche irremplaçable de l’humanisme français lorsqu’il entend s’exprimer. Et vous l’avez fait en vous efforçant d’écouter et de comprendre le point de vue exprimé par ceux qui venaient de Phnom Penh. Mais pour ce qui me concerne, jamais, je ne pourrai m’accommoder du cynisme d’un Henry Kissinger soutenant le coup d’Etat de 1970 ou d’un Zbigniew Brzezinski organisant une guerre par procuration.

Charniers laissés derrières les Occidentaux

Les ombres des disparus hantent les rizières devenues des charniers et les murs des pagodes et des écoles transformées en centres de torture. Elles nous interrogent, nous Occidentaux : « pourquoi avez-vous traité ainsi ceux que nous avons laissés derrière nous ? »

Alors oui, du niveau d’où je m’exprime, mon propos est sévère. Comme doit l’être celui de l’avocat qui défend ses victimes. Ce que je vais exprimer, je l’ai entendu si souvent de la bouche de Cambodgiens, trop contents qu’on s’occupe d’eux après avoir été si longtemps traités en parias,  pour oser critiquer la manière dont on s’occupe d’eux.

Je fus de ceux qui ne partagèrent pas l’enthousiasme diplomatique et médiatique lorsque les éléments essentiels des Accords furent résumés dans ce qui s’est appelé le document-cadre. Les analyses successives que j’ai publiées en 1990-1991, et que j’adressais à l’Ambassadeur Levitte alors directeur Asie au Quai d’Orsay, avaient pour titre « un pari dangereux », « revoir la copie », « donnez une chance à la paix », « seuls les Cambodgiens paieront le prix de nos erreurs », « le pari cambodgien », « vers une paix lourde de dangers »[1].

Comme le sort des Khmers rouges pendant la période allant du cessez-le-feu à l’organisation des élections n’avait pu faire l’objet d’un accord lors de la première session de la Conférence de Paris, à l’été 1989, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU ont décidé de trouver un accord entre eux. Ce à quoi ils consacrèrent l’année suivante.

Nous étions en 1990. Le mur de Berlin était tombé. Dans ce club des Cinq, face aux quatre autres, l’URSS, qui allait être dissoute un an plus tard, était devenue le négociateur le plus faible. Elle était pourtant la seule qui résistait à l’idée d’une solution incluant les Khmers rouges, relayant en cela la position de ceux qui gouvernaient le Cambodge. Ce qui a donné le texte qu’on connaît. Avec des conséquences que je voudrais rappeler.

Crimes contre l’humanité

Première conséquence, ce ne sont pas des éléments réputés modérés, pour autant qu’il en existât, dont les noms figurent au bas des Accords au nom de la faction polpotiste, mais ce sont les noms de deux des plus grands criminels que le XXe siècle ait connu, le Président de l’État du Kampuchea démocratique et son ministre de la Défense, architecte du régime de terreur et grand ordonnateur des crimes de masse, un véritable Himmler cambodgien.

Deuxième conséquence, on ne trouve, dans le texte des Accords, aucune référence explicite aux crimes contre l’humanité, aux violations des Conventions de Genève, aux actes d’agression commis contre les Etats voisins, au génocide. Seule la formule « la politique et les pratiques du passé » était censée y faire référence. Les Accords de Paris sont, du point de vue du droit pénal international, un acte officiel de révisionnisme.

Troisième conséquence, l’Accord signifiait qu’une organisation politique et ses chefs, qui avaient commis des crimes dignes de ceux du régime nazi, étaient amnistiés et réintégrés dans la société cambodgienne. Si, d’aventure, ils avaient honoré leur signature, les Khmers rouges auraient pu participer aux élections, siéger à l’Assemblée nationale et bénéficier de la plus totale impunité. Ce fut d’ailleurs confirmé publiquement le 30 août 1990, à l’issue d’une réunion à Pattaya du Conseil National Suprême avec les Coprésidents de la conférence de Paris et les cinq membres permanents.

Jamais, dans l’histoire contemporaine, on n’a vu, dans des textes officiels de cette importance, une telle négation de crimes d’une telle ampleur. D’un passé de sang, les auteurs des Accords faisaient table rase. On agissait de la même manière que si les Alliés avaient imposé aux Allemands, en 1945, la participation des Nazis à l’édification d’une nouvelle démocratie allemande. Ce qu’il était impossible d’imposer aux Allemands, on l’a dicté aux Cambodgiens.

Il n’y avait, dans les textes, aucune disposition relative à un éventuel défaut d’une des parties, alors que le bon sens invitait à prendre de telles précautions, vu la nature du mouvement dirigé par Pol Pot. Mais cette nature fut systématiquement ignorée. Dès lors, une fois qu’il fut manifeste que la faction polpotiste renonçait à appliquer les Accords, cette situation nouvelle a considérablement modifié le contexte dans lequel les Accords ont dû être appliqués. Pourtant, cela n’a pas incité les Cinq membres permanents à reprendre le dossier, obéissant en cela à une funeste « diplomatie de la patience » proposée par le Secrétaire général de l’ONU. Ce sont les Cambodgiens qui en subirent les conséquences. Comme on l’a vu après 1993.

On se prend à rêver un instant à un Conseil de Sécurité prenant acte de l’attitude des Khmers rouges dès mars 1992 et proposant le processus de pacification qui fut mis en œuvre par la suite par Samdech Hun Sen, Premier Ministre, offrant la réintégration des troupes et de leurs familles dans la communauté nationale et envoyant devant un tribunal les principaux dirigeants dont presque tous étaient alors encore en vie. Que de souffrances et que de vies auraient été épargnées ! Que de chances accrues pour la réconciliation nationale entre les factions qui honoraient leur signature ! 

Un des grands paradoxes des Accords de Paris, c’est qu’ils voulaient imposer en même temps les Khmers rouges et un modèle parfait de démocratie. Dans un pays, cela a été dit, qui n’avait jamais pratiqué un tel modèle.

Comme si la démocratie…

Alors, on a fait comme si. Comme si le pays était pacifié. Comme si les esprits étaient apaisés. Comme si la réconciliation entre ceux qui avaient libéré le pays de la terreur et ceux qui les combattaient était devenue une réalité. Comme si la démocratie s’instaurait par le seul fait d’organiser des élections. Comme si le principe d’une élection, avec ses vainqueurs et ses vaincus était compatible avec la culture dominante qui avait prévalu depuis l’indépendance et avant la tragédie et qui consistait à associer toutes les composantes politiques dans un même rassemblement. Comme si le niveau général d’éducation, l’existence suffisamment nombreuse d’élites partageant une même perception de ce que signifie un Etat de droit, les principaux acteurs politiques en présence, fournissaient la possibilité et les garanties d’une telle démocratie. Comme si, en fin de compte, la démocratie, cela se décrétait.

On en voit aujourd’hui les conséquences avec un climat politique où le discours de l’opposition est bien souvent, dans le chef de ses dirigeants en tout cas, un discours de guerre civile.

Au risque de déplaire, je dirai que l’APRONUC n’a pas offert le meilleur exemple de ce que doit être un processus électoral dans une démocratie apaisée. Faut-il rappeler que la loi électorale fut imposée par l’APRONUC contre l’avis du Conseil National Suprême ? Faut-il rappeler que tout au long de la campagne électorale, des responsables de l’APRONUC, et non des moindres, ont exprimé leur hostilité à l’égard du Parti de M. Hun Sen. Je fus effaré d’entendre à plusieurs reprises, de la bouche de responsables travaillant, en principe, pour les Nations unies, entendre dire, je cite, « écarter Hun Sen du pouvoir est l’objectif premier de la mission ». Ce qui donne de la pertinence à l’observation que m’a faite un jour M. Denis MacNamara, le directeur de la composante « droits de l’Homme », dont ce n’était pas la première mission au service de l’ONU, lorsqu’il m’exprimait sa surprise de voir cette opération des Nations unies à ce point affectée par les interférences des grandes puissances.

De plus, alors que la finalité d’une telle mission aurait été de contribuer à un climat de réconciliation et d’apaisement, au moins entre les parties qui respectaient les Accords, l’APRONUC n’a rien fait pour diminuer les tensions récurrentes au Cambodge dès qu’il s’agit du et des Vietnamiens. Que du contraire, pour tenter de donner satisfaction aux représentants de Pol Pot au sein du Conseil National Suprême, elle a accordé une grande attention aux exigences des Khmers rouges relatives à la présence de forces étrangères, allant jusqu’à modifier à plusieurs reprises la définition même de la notion de « forces étrangères ». Comme si elle ignorait que plus on accorde aux totalitaires, plus ils en demandent. Lorsque des massacres de civils vietnamiens eurent lieu, l’APRONUC refusa de les protéger et organisa, sous le nom de « Safe Passage », une opération qui avait, vu le contexte, des relents de purification ethnique. S’agissant de favoriser l’apaisement, Radio UNTAC au contraire diffusait un discours carrément antagoniste, comme si on se trouvait dans une campagne électorale américaine d’aujourd’hui.

On l’a compris, je ne partage pas l’euphorie de ceux qui qualifièrent la mission des Nations unies, à la fin de celle-ci, de « triomphe international » ou de « modèle » pour l’avenir. Encore une fois, il me faut être clair. Je suis et je serai toujours un défenseur des Nations Unies car, comme je l’ai écrit dans un livre que je leur ai consacré, il vaut mieux un monde avec l’ONU qu’un monde sans l’ONU. Mais l’ONU porte en elle l’extrême faiblesse d’être subordonnée aux intérêts des grandes puissances. Faut-il y voir les raisons pour lesquelles l’APRONUC n’a pas atteint les 6 objectifs qui lui étaient assignés ? Je le crois.

Échec de l’arrêt des hostilités

Qualifié dans tous les documents de « premier et de plus important des objectifs », l’arrêt des hostilités et le désarmement des forces en présence fut un échec total. Le Secrétaire général de l’ONU avait pourtant déclaré lui-même que « la réalisation de cet objectif était une condition préalable à la bonne exécution de l’Accord ». Quinze mois après la signature des Accords, le territoire contrôlé par les Khmers rouges avait plus que doublé. Eric Falt, porte-parole de l’APRONUC, lors de sa dernière conférence de presse, reconnaissait que les Khmers rouges faisaient sauter un pont chaque jour. Ces Accords de paix n’ont pas apporté la paix.

Un autre objectif manqué fut le défaut d’exécution de la « Déclaration sur le relèvement et la reconstruction du Cambodge » qui est le troisième des Accords. Ce texte identifiait une phase de relèvement qui devait précéder la reconstruction, celle-ci étant renvoyée au moment où un gouvernement issu des élections serait en place. Les travaux menés à bien quinze mois après le début de la mission ne représentaient même pas 10% des montants promis par les donateurs à Tokyo en juin 1992. Un rapport présenté trois semaines avant la fin du mandat de l’APRONUC énumérait la longue liste des « besoins immédiats » en terme de relèvement. On ne peut pas trouver meilleure démonstration de ce que les objectifs assignés ne furent pas atteints.

Un troisième objectif concernait le deuxième des Accords, celui relatif à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité et l’inviolabilité territoriales, à la neutralité et l’unité nationale. Faut-il rappeler que l’APRONUC a échoué à maintenir l’unité nationale en créant le concept de « zone inaccessible » pour désigner la zone contrôlée par les Khmers rouges ? Faut-il rappeler que l’APRONUC s’est avérée incapable de maintenir l’inviolabilité territoriale en ne réagissant que très médiocrement aux multiples incursions d’éléments militaires et civils thaïlandais en territoire cambodgien. Des casques bleus furent capturés par des soldats Khmers rouges et détenus en territoire thaïlandais. Faut-il enfin rappeler l’absence totale d’intérêt de l’APRONUC pour les altérations et les déplacements apportés par les deux grands voisins du Cambodge aux bornes frontalières, altérations et déplacements pourtant dûment constatés par les rapports des unités frontalières de l’APRONUC ? Les déclarations du 30 juillet 1992, du 14 décembre 1992 et du 4 février 1993 du Prince Norodom Sihanouk, relatives aux violations de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Cambodge, signent le constat le plus pathétique de cette impuissance de l’APRONUC.

Aspects positifs des Accords de Paris

Avant d’aborder les aspects plus positifs du bilan de la mise en œuvre des Accords de Paris, je voudrais faire un sort à un argument qui m’a souvent été objecté selon lequel une mission de maintien de la paix ne peut réussir que si les parties y consentent. Et de me rappeler la différence entre « peace keeping » et « peace making » cette dernière notion devant être couverte par le chapitre VII de la Charte des Nations unies qui permet l’usage éventuel de la contrainte et de la force. Je sais cela. Mais encore une fois, dès lors qu’il fut manifeste que Pol Pot avait décidé de ne pas appliquer les Accords, pourquoi ne pas avoir mis les données nouvelles sur la table et repenser les Accords plutôt que d’avoir donné du crédit aux arguments de ses représentants au Conseil National Suprême ? Pourquoi cette désastreuse « diplomatie de la patience » ? Et pourquoi, dans le même temps, avoir pratiqué des méthodes qui relèvent du chapitre VII à l’encontre des autorités de Phnom Penh en imposant un nouveau code pénal, en nommant un procureur étranger et en réalisant de véritables opérations de commandos dans les administrations centrales ? Un deux poids-deux mesures qui a accru la suspicion des autorités de l’Etat du Cambodge qui n’avaient déjà pas, après les décisions prises à l’ONU entre 1979 et 1991, une confiance aveugle dans les représentants de cette organisation.

A l’inverse de ce qui précède, et donc dans l’évaluation positive de l’APRONUC, on retiendra que celle-ci a jeté les bases d’un environnement pluraliste : 20 partis politiques ont participé au scrutin de 1993, trente journaux ont été créés, quatre associations actives dans le domaine des droits de l’Homme ont commencé leurs activités, tous les prisonniers politiques ont été libérés, sauf ceux, s’ils vivaient encore, détenus par les Khmers rouges. Une véritable presse d’opposition, dont certains titres seront financés par des programmes gouvernementaux étrangers, s’est mise en place. De nombreuses ONG étrangères sont entrées sans le moindre contrôle dans le pays, les premières venant de la zone des camps de réfugiés en Thaïlande, porteuses d’un préjugé défavorable à l’égard des autorités en place. Depuis lors, des milliers d’autres se sont installées et pendant plus de vingt ans, elles ont pu agir dans la plus totale opacité sur leurs responsables, leur financement, leurs projets et leurs activités. Mais ceci est un autre sujet.

Un réel succès de la mission des Nations Unies fut le rapatriement de 372.000 réfugiés répartis dans huit camps dispersés en Thaïlande le long des 800 km de la frontière. Il s’agissait d’une opération gigantesque mobilisant des moyens logistiques considérables dans un contexte politique et militaire qui se dégradait de plus en plus. Ils sont tous rentrés à temps pour pouvoir s’enregistrer comme électeurs.

Je veux rendre hommage à celui qui fut le concepteur et le réalisateur de cette opération, M. Sergio Vieira de Mello, qui a disparu tragiquement en 2003 dans l’attentat de Bagdad contre le quartier général de l’ONU. Il appréciait le non conformisme de mes analyses dont il avait tenu compte pour le plan de rapatriement. Nous étions devenus amis et grâce à lui j’avais pu accompagner une famille depuis le camp de Site 2, près d’Aranyaprathet, jusqu’au lieu de son installation dans la province de Kandal, en utilisant d’abord un autocar pour franchir la frontière et ensuite ce que le HCR appelait le « Sisophon express », le train qui conduisait, très lentement malgré son nom, les rapatriés de Sisophon à Phnom Penh.

Par contre, si le rapatriement, dont le HCR avait la charge, fut un réel succès, la réintégration des rapatriés dans la société, dont les autorités locales et les familles avaient la responsabilité, fut un véritable désastre tant l’accueil réservé fut dérisoire et médiocre. Vus comme des ennemis par les autorités locales et comme des gens ayant échoué à trouver un pays d’accueil par leur famille, les rapatriés furent très mal traités. Deux ans et demi après leur retour, 120.000 d’entre eux étaient réduits à la mendicité.

Élections

Il demeure que, dans un climat d’extrême tension, alors qu’un bon tiers du territoire national échappait au dispositif électoral, des élections furent organisées auxquelles la population apporta un appui franc et massif, puisque 89,56% des électeurs participèrent au vote. Il faut rendre hommage aux 400 Volontaires des Nations unies qui avaient auparavant procédé à l’enregistrement des électeurs. Ils n’étaient pas dépendants d’un gouvernement étranger. Ils étaient très qualifiés et très motivés. Vivant dans des conditions précaires, prenant un maximum de risques pour visiter les villages les plus reculés, avec un minimum de protection de la part de la police de l’APRONUC, ils ont recruté du personnel dans chaque district ; ils ont formé 4.000 Cambodgiens aux techniques d’enregistrement et environ 50.000 aux techniques électorales ; ils ont participé aux opérations électorales dans plus de 1.000 bureaux de vote répartis à travers tout le pays. Très, très mal payés, avec l’idéalisme dont sont capables des volontaires, ils ont accompli une des rares missions qui ait été complètement menée à bien par l’APRONUC.

Conséquence d’un système proportionnel imposé par les Accords de Paris, à l’issue du scrutin, aucun parti politique ne disposait ni de la majorité absolue, ni de la majorité des deux tiers requise pour l’adoption de la Constitution.

Rien n’avait été prévu par les Accords pour le gouvernement du pays entre le jour de la proclamation du résultat des élections et l’adoption de la Constitution. Malgré une très forte opposition des Etats-Unis, dont une note verbale rejetait le principe, malgré une très vive hostilité de l’APRONUC, mais avec le soutien de la France et de la Russie et l’absence d’opposition de la Chine, le Prince Norodom Sihanouk réussit à imposer l’idée d’un gouvernement provisoire de coalition. Ce gouvernement provisoire ne fut jamais reconnu comme tel par l’APRONUC, en dépit du soutien massif de l’Assemblée élue. Pourtant, après la promulgation de la Constitution, son existence facilita la mise en place du premier gouvernement de la première législature.

Comme toutes les entreprises humaines qui obéissent à d’autres objectifs que les intentions avouées, les Accords de Paris n’ont conduit ni à un triomphe, ni à un échec total. Le résultat fut celui que nous avons connu. Il ne pouvait en être autrement lorsqu’une mission des Nations Unies est soumise à l’ingérence des grandes puissances et en particulier de la première d’entre elles. Leur agenda était guidé par d’autres considérations que le bien être des Cambodgiens. Mais de cela, ces derniers en avaient fait l’expérience depuis longtemps.

Je laisse, pour conclure, la parole à celui qui était alors encore le Prince Norodom Sihanouk lorsqu’il me confiait « Vous savez, ce qu’ils veulent, c’est être débarrassé du problème cambodgien. Mais à leurs conditions. » Ce propos lucide ne m’empêche pas de considérer, comme les précédents intervenants, qu’il y a un avant et un après les Accords de Paris et que sans cela, nous n’aurions pas le Cambodge d’aujourd’hui.

rmj

[1] Travaux consacrés aux Accords de Paris (1991) et à l’APRONUC par Raoul Marc JENNAR, dont toutes les citations sont tirées :

1.- Chroniques Cambodgiennes, 1990-1994.  Paris, L’Harmattan, 1995, 526 p.

2 – Cambodge : l’entreprise inachevée. Contribution à l’ouvrage collectif sous la direction de Marie-Claude SMOUTS, L’ONU et la guerre. La diplomatie en kaki.  Paris-Bruxelles, Complexe, 1994, 159 p.

3 – UNTAC : « International Triumph  » in Cambodia ?, Oslo, International Peace Research Institute, Security Dialogue, volume 25, number 2, June 1994 : p. 145-156.

4 –  L’ONU au Cambodge. Les leçons de l’APRONUC, Québec, Université Laval, Etudes Internationales, vol. XXVI, n°2, juin 1995 : p. 291-315.

5 – Après l’APRONUC, leçons à tirer. Contribution à l’ouvrage collectif sous la dir. du Général Jean COT, Opérations des Nations Unies. Leçons de terrain : Cambodge, Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie.  Paris, Fondation pour les Etudes de Défense, 1995, 390 p.

6 – Democratization in Cambodia. Contribution à l’ouvrage collectif sous la direction de Michèle SCHMIEGELOW, Democracy in Asia.  Frankfurt, Campus Verlag et New York: St. Martin’s Press, 1997, 555 p.

7 – The 1993 UNTAC Election in the Prospect of the 1998 Cambodian Election. Contribution à l’ouvrage collectif sous la dir. de Kao KIM HOURN et Norbert von HAUFMANN, National Elections: Cambodia’s Experiences & Expectations. Phnom Penh, Cambodian Institute for Cooperation and Peace, 1998, 172 p.

8 – Démocratie et citoyenneté en Asie : le cas du Cambodge. Contribution à l’ouvrage collectif sous la direction de Dominique ROZENBERG et Patrick ABEELS, Droits de l’Homme & Démocratie ; Relativité ou universalité ? Bruxelles, Ligue des Droits de l’Homme et Solidarité Socialiste, 1998, 135 p.

9 – International Co-operation in the Drafting of the 1993 Constitution. Contribution aux actes du symposium international consacré au « Constitutionalisme cambodgien » et organisé conjointement par la Faculté de Droit et de Sciences économiques de Phnom Penh et l’Université de Nagoya (Japon), à Phnom Penh, 10-11 janvier 2003.

Source (blog fermé) : Raoul Marc Jennar

Thaïlande : derrière la carte postale un régime militaire

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Thaïlande : derrière la carte postale un régime militaire

Derrière la belle carte postale de plages paradisiaques au sable fin et à l’eau turquoise se cache une réalité bien moins idyllique pour le pays. Depuis plus d’une année à présent, la Thaïlande est sous la coupe d’une junte militaire qui tient le pays d’une main de fer, inhibant toute liberté. L’Europe doit réagir fermement en exerçant une pression à différents niveaux.

Le général Prayut Chan-O-Cha a pris les commandes du pays depuis mai 2014, période à laquelle un coup d’état a renversé l’ancien gouvernement dirigé alors par le Premier ministre de l’époque Thaksin Shinawatra. D’un pays ouvert au reste du monde, force est de constater que la Thaïlande est devenue une dictature qui ne dit pas son nom.

La junte militaire actuellement aux commandes bride le pays et ses populations. Les récentes arrestations de 14 manifestants étudiants sont la parfaite illustration d’un régime dur et liberticide. 14 étudiants qui risquent 7 années d’emprisonnement, dans des conditions que l’on sait des plus difficiles, simplement pour avoir voulu protester pacifiquement contre l’absence de démocratie qui règne dans le pays depuis que l’armée a pris le pouvoir.

poste de police jaunes 2008
poste de police jaunes 2008

Désormais la Thaïlande ressemble à ces pays où il ne fait pas bon vouloir exprimer une parole différente de celle du pouvoir, presque comme en Corée du Nord même si la communauté internationale reste encore assez frileuse sur la comparaison. Car en Thaïlande à présent, impossible de former une réelle opposition politique démocratique sans risquer des peines d’emprisonnement.

Toute liberté d’expression est devenue complexe voire même risquée, la loi martiale a été décrétée soit disant pour le bien du pays. Mais c’est le peuple thaïlandais qui trinque : les médias sont contrôlés voire, pour certains journaux, fermés, les libertés civiques jugulées.

L’Europe doit agir pour rétablir la situation

Si l’Europe ne fait pour le moment pas grand-chose, elle dispose tout de même d’une certaine marge de manœuvre à ne pas négliger, économique comme politique ou diplomatique. A la manière du bras de fer aujourd’hui en cours avec la Russie, pour faire plier la junte militaire et la forcer à organiser de véritables élections démocratiques digne de ce nom, des sanctions économiques peuvent être appliquées et les négociations commerciales en cours doivent être interrompues.

Au-delà de la sphère économique, des pressions diplomatiques et politiques sont également possibles. Une suspension des visites d’officiels peut être prononcée pour resserrer encore un peu l’étau sur le régime dictatorial, tout accord politique bilatéral devant être suspendu.

En mettant ainsi la pression à différents niveaux, l’Europe peut à terme faire plier la junte militaire en la privant d’une partie de ses revenus. Une manière efficace qui permettrait alors de faire émerger une réelle opposition politique, de calmer les ardeurs du dictateur et d’installer une réelle démocratie dans un pays qui ne semble malheureusement plus beaucoup attirer l’attention de l’Occident.

http://blogs.mediapart.fr/blog/paul-ngn/100715/la-situation-en-thailande-exige-une-pression-de-leurope

Thaïlande: le chant protestataire Mo Lam face à la modernité et à la censure

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Mo Lam

chanteurs_de_mo_lamDans un sourire édenté de nonagénaire, Gaew entonne un chant Mo Lam: cette musique des campagnes de Thaïlande a su s’adapter à la modernité et se moquer des élites conservatrices de la capitale. Mais elle se retrouve face au défi de la censure militaire.
A l’origine, la musique Mo Lam avait été développée pour propager les croyances bouddhistes auprès des paysans analphabètes de cette région rurale pauvre de l’Isan, dans le nord-est de la Thaïlande.

Mais les paroles de ces chants traditionnels se sont au fil du temps chargées d’humour, se mettant à raconter histoires d’amours contrariées, difficultés de la vie à la campagne et remous politiques.

Aujourd’hui, une variante moderne de Mo Lam funk est populaire auprès des jeunes, au grand dam des puristes.

Mais les voix discordantes ont bien du mal à se faire entendre depuis un coup d’État militaire à Bangkok en 2014. En particulier dans le nord et le nord-est de la Thaïlande, cœur historique des partisans du gouvernement renversé de Yingluck Shinawatra.

«Le Mo Lam, c’est notre histoire, notre culture», ancrée dans le fait que jusqu’au siècle dernier l’Isan échappait au contrôle de la monarchie absolue thaïe, explique Gaew Sornthunthue, âgé de 96 ans.

«Quand j’étais jeune, j’ai appris la musique Mo Lam sous les arbres, dans les champs de riz, quand je surveillais buffles et vaches», ajoute-t-il dans le dialecte de l’Isan.

Pour les habitants de cette région qui émigrent par millions à Bangkok, en quête de travail, le Mo Lam incarne une identité régionale qui reste forte malgré une modernisation récente.

«Nous utilisons le Mo Lam pour parler, débattre, nous exprimer et réfléchir sur nos vies et nos traditions», explique Sarawoot Srihakot, professeur de musique du village de Gaew, voyant dans le chant Mo Lam l’ancêtre des télévisions partisanes actuelles.

Le village est situé dans la province de Khon Kaen, un bastion de la contestation contre une junte qui interdit les manifestations et a fait fermer la chaîne des Chemises rouges, puissant mouvement pro-Shinawatra.

Radios censurées

Ici aussi, les stations de radio des Chemises rouges ont été fermées, les dirigeants locaux contraints de se taire et les affiches de leur héros et mécène, le milliardaire et ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, déchirées.

Ce dernier a fait le choix de l’exil pour éviter de purger plusieurs années de prison pour corruption, après un coup d’Etat contre lui en 2006.

Depuis, le fossé culturel s’est élargi entre Bangkok et le nord-est du pays, qui représente un tiers de la population de la Thaïlande et reste largement acquis à Thaksin, qui a largement subventionné cette région pauvre et mis en place des politiques sociales populaires auprès des plus défavorisés.

Mais cette aspiration au changement lui vaut d’être haï par l’élite traditionnelle de Bangkok, dont l’armée, qui voit Thaksin Shinawatra et ses partisans comme une dangereuse menace pour la royauté.

Sa sœur Yingluck encourt dix ans de prison, le régime souhaitant briser durablement l’influence politique des Shinawatra.

Pour l’heure, les partisans des Shinawatra, y compris les compositeurs contemporains de Mo Lam, respectent la consigne de garder un profil bas.

Troubadours modernes

Jusqu’au coup d’Etat de 2014, les héritiers modernes de ces troubadours Mo Lam, ayant tronqué l’harmonica de bambou contre des guitares électriques, se faisaient largement entendre.

Les chansons vantant les vertus de Thaksin et tournant en dérision les élites conservatrices de Bangkok étaient alors diffusées en boucle lors des rassemblements des Chemises rouges ou sur leurs stations de radio.

Parmi ces chansons à succès, l’une, intitulée «Thaksin a été persécuté», déplorait que le putsch l’ayant renversé ait «emporté la démocratie».

L’influence politique de ce genre remonte à beaucoup plus loin, avec des générations de chanteurs payés pour promouvoir des candidats politiques dans les campagnes reculées.

«Le Mo Lam chante les malheurs (des paysans) depuis des siècles», explique Gridthiya Gaweewong, directrice artistique du centre d’art Jim Thompson de Bangkok, qui a organisé une rare exposition sur ce thème.

Mais les élites au pouvoir ont aussi détourné cette musique traditionnelle, notamment pendant la Guerre froide, pour lutter contre les idées communistes supposées gagner du terrain dans les campagnes.

http://www.20minutes.fr/monde/1683398-20150706-thailande-chant-protestataire-mo-lam-face-a-modernite-a-censure

Hong-Kong : les anti-occupy imbéciles !

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Il s’est passé ici quelque chose d’assez drôle. Un groupe d’anti-Occupy (même si le mouvement s’appelle maintenant ‘Umbrella revolution’, puisqu’il déborde de loin le premier mouvement ‘Occupy Central with Love and Peace’ organisé par des universitaires, ceux qui sont contre s’appellent eux-mêmes encore ‘anti-Occupy Central’) sont venus manifester à la Chinese University pour demander la démission du patron de l’université.

Il s’agit de Joseph Sung, un médecin qui a joué un rôle important pendant l’épidémie de SRAS et que TOUT LE MONDE respecte et aime (c’est un très bon calligraphe en plus).

Or, le titre des patrons d’université à Hong Kong est ‘vice-chancelor’, celui de ‘chancelor’ étant un titre honorifique réservé au chief executive (et au gouverneur pendant l’époque coloniale). Ces abrutis d’anti-Occupy, montrant bien le niveau d’ignorance et d’imbécilité général qui règne dans leurs rangs, exigeaient la démission du ‘chancelor’ de l’université. Ils étaient entourés d’un énorme groupe d’étudiants qui ont tout de suite approuvé, applaudissant bruyamment à l’idée que CY Leung (Leung Chun-ying) démissionne de son poste. Ne comprenant pas la gaffe qu’ils venaient de faire, les anti-Occupy étaient très contents, et un peu surpris, de se voir approuvés par ceux qu’ils prenaient pour des ennemis. Très désolé d’avoir loupé ça ! le campus est immense, mais c’est passé sur Facebook.occupy hong-kong

Il y a une semaine des fuites ont révélé que CY Leung avait reçu d’énormes pots-de-vin d’une firme australienne. Bien sûr il s’en défend en essayant de montrer que tout est très légal (le conseil législatif vient de rejeter la possibilité d’une enquête, les fumiers !). Mais tout le monde pense que cette ‘fuite’ a été provoquée par Pékin, ça leur permettrait de lui demander de partir en sauvant la face : s’il est corrompu, c’est exactement le genre de personnes que Xi Jinping veut pourchasser, et le parti communiste pourra satisfaire au moins une demande des manifestants sans avoir aucune raison de vraiment parler de démocratie.

Ma crainte : s’ils arrivent à faire partir CY Leung de cette façon et que les manifestations continuent (et comme le problème est bien plus grave que CY Leung : son départ ne résoudra ni le problème de la démocratie, ni celui structurel du choix d’une économie purement néolibérale qui a créé tant d’inégalités et de souffrances ici), ça pourrait aussi donner à Pékin une excuse pour faire intervenir l’armée populaire de libération. Et si cela arrive, ce sera Tiananmen à nouveau. Mais j’anticipe et je noircis : s’ils font ça, c’en sera fini de Hong Kong et de tous les immenses avantages que l’ancienne colonie pourvoit à la Chine en général et à ses milliers de fonctionnaires corrompus.

Autrement, aucune accalmie entre la police et les manifestants, la police recommence à utiliser les ‘pepper spray’, à tabasser et à arrêter n’importe qui (ils ont même arrêté une journaliste américaine de Fox News qui prenaient des photos debout sur une voiture ; honnêtement, connaissant Fox News et leur position politique, ça appartient à l’une des pires personnes du monde, Rupert Murdoch, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire).

Peut-être un petit petit espoir : le gouvernement a accepté de s’asseoir et discuter avec les manifestants. Ils ont demandé un médiateur qui est le représentant de tous les vice-chancelor des universités. On verra, mais la dernière fois que le gouvernement a accepté de parler, ils ont tout de suite rompu leur promesse et ont reporté à une autre fois. Impossible de leur faire confiance, et de toute façon ils ont déjà annoncé que le ‘framework’ défini par le ‘National Party’s Congress Standing Committee’. Aucun véritable espoir donc.

Frank Vigneron sur le blog de Paul Jorion

Hong Kong: les autorités fixent l’ultimatum à lundi

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Les activistes pro-démocratie de Hong Kong ont jusqu’à lundi pour se disperser ; sinon, les forces de l’ordre interviendront. C’est le dernier utimatum envoyé aux manifestants par Leung Chun-ying, à la tête de l’exécutif local, lors d’une intervention télévisée. Si les étudiants n’obéissent pas, les autorités prendront alors « toutes les mesures nécessaires », a-t-il menacé.

Les manifestants semblaient dimanche toujours aussi déterminés, après deux journées d’affrontements avec des contre-manifestants, certains soupçonnés d’être liés à la mafia chinoise. Ils réclament la démission du chef de l’exécutif local et le retrait d’une réforme électorale qu’ils considèrent antidémocratique. Samedi, ils ont tendu la main aux autorités pour ouvrir de nouvelles discussions.

Cité par l’agence de presse Associated Press, Peter Mathieson, le président de l’université de Hong Kong, a exhorté les étudiants à quitter leur campement d’Admiralty, situé non loin des ministères, d’ici lundi : « Je formule cet appel du fond du cœur, car je pense vraiment que si vous restez là, votre sécurité est menacée. S’il vous plaît, quittez les lieux. »

De son côté, Le Quotidien du peuple, qui renseigne sur la position officielle du régime chinois, fustigeait dimanche dans son éditorial relayé par Le Monde, ce mouvement qui « attise les oppositions sociales, détruit les terrains d’entente entre les divers groupes de la société (hongkongaise), ce qui débouche sur un grave climat hostile ».vue des manifestants hong-kong

source : Mediapart

Hong Kong: la police procède à des arrestations, nouveaux heurts

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Des heurts entre policiers, manifestants et habitants de Hong Kong se poursuivaient samedi, 24 heures après le basculement dans la violence de la « révolution des parapluies ». Durant la nuit de vendredi à samedi, alors que les heurts de la journée de vendredi auraient fait 12 blessés, la police a procédé à 19 arrestations, dont celles de 8 individus soupçonnés de liens avec la Triade, la mafia chinoise.

Depuis vendredi matin, des activistes pro-démocratie ont été pris à partie par des individus décrits par certains comme des « hommes de main »rémunérés par des habitants de l’île en colère. Ces derniers jugent que le mouvement étudiant met en péril l’économie locale. En une semaine, le mouvement contestataire s’est amplifié et a gagné de nouveaux quartiers, en particulier le quartier commerçant de Mongkok, situé face à l’île de Hong Kong, très fréquenté par les touristes chinois.

Ces « fauteurs de trouble » qui s’en sont pris vendredi à de nombreux manifestants, auraient des connexions avec la mafia chinoise, et auraient été rémunérés pour mener leurs attaques. Le Financial Times cite une proposition financière de base, fixée à 300 dollars (environ 30 dollars) hongkongais pour les agitateurs – avec un bonus si des destructions ont effectivement lieu.

Samedi, les forces de l’ordre tentaient de tenir les deux groupes à l’écart. Mais certains accusaient la police de ne pas intervenir suffisamment pour protéger les activistes pro-démocratie. Samedi matin, le nombre d’étudiants mobilisés dépassait largement celui de leurs assaillants, à Mongkok. À l’inverse, dans d’autres quartiers, le mouvement étudiant semblait s’essouffler.

Des témoignages concordants ont par ailleurs fait état d’agressions sexuelles à l’encontre d’étudiantes dans plusieurs endroits de la ville, d’ordinaire considérée comme très sûre.

Lire une première analyse à chaud du mouvement des parapluies sur le blog de Jean-Philippe Béja, dans le club de Mediapart.

source : Mediapart

Hong Kong : les pro-démocratie visés par des contre-manifestants

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Dans plusieurs quartiers, des habitants s’en sont pris aux manifestants pro-démocratie et ont tenté de démonter leurs barricades.

Le mouvement pro-démocratie à Hong Kong semblait s’essouffler, vendredi 3 octobre, au lendemain de la conclusion d’un accord avec les autorités et alors qu’éclataient de nouveaux incidents entre manifestants et une partie des habitants de l’île.

Alors que, jeudi soir, les représentants des étudiants ont annoncé qu’ils acceptaient la proposition de dialogue faite quelques heures plus tôt par le gouvernement, une bonne partie des manifestants ont quitté durant la nuit les abords du siège du conseil législatif et de l’exécutif local qu’ils occupaient. Vendredi matin, seuls une centaine de manifestants restaient sur place.

Dans plusieurs zones de la ville, des militants pro-démocratie ont été pris à partie par des habitants les accusant de mettre en danger l’économie locale. À Mong Kok, quartier commerçant situé en face de l’île de Hong Kong et lieu de rassemblement du mouvement, une contre-manifestation s’en est prise à un groupe de 200 manifestants et a tenté de démonter les barricades installées. La police a dû intervenir pour séparer les deux groupes.

Des affrontements entre manifestants et contre-manifestants ont également eu lieu à Cause Bay, autre grand quartier commercial.

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Des-dizaines-milliers-Hongkongais-manifeste-lundi-1er-juillet-lors-anniversaire-retrocession-colonie-britannique-Chine

Le mouvement pro-démocratie doit également faire face à un durcissement de ton de la part des forces de l’ordre, qui menacent de plus en plus précisément de recourir à la force. Le week-end dernier déjà, les policiers avaient pour la première fois fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les rassemblements. Jeudi soir, les forces de l’ordre ont ostensiblement déchargé, sous les yeux des manifestants, des caisses de balles en caoutchouc. « Le gouvernement et la police appellent ceux qui sont rassemblés aux abords du quartier général de la police, du CGO et du CEO à ne plus bloquer leurs accès et à se disperser le plus pacifiquement possible », appelait un communiqué des autorités diffusé quelques heures après l’annonce de l’accord.

Les étudiants, à la pointe du mouvement, avaient lancé un ultimatum aux autorités en exigeant la démission avant jeudi minuit du chef de l’exécutif local, Leung Chun-ying, et l’ouverture de négociations en vue de l’organisation d’élections libres à Hong Kong en 2017. Sans surprise, le gouvernement avait rejeté ces demandes, tout en proposant aux étudiants l’ouverture d’un dialogue avec la secrétaire en chef de son gouvernement, une proposition acceptée par les représentants des manifestants.

Source : Mediapart
voir aussi La Croix

Thaïlande : les élites contre les paysans

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Destitution d’un représentant Rouge

La destitution de la première ministre thaïlandaise, Yingluck Shinawatra, par la Cour constitutionnelle

le 7 mai, ressemble à bien des égards à un règlement de compte politique déguisé en jugement de droit. La Cour s’est certes appuyée sur la loi pour décider que le transfert du secrétaire général du conseil de sécurité nationale par Mme Shinawatra, en 2011, équivalait à un « abus de pouvoir » : il est vrai que ce transfert avait permis à un membre de la famille de la première ministre de devenir chef de la police…

Mais l’argument, qui s’appuie sur la référence à des « principes moraux », pèse d’un poids relatif au regard du népotisme couramment pratiqué en Thaïlande. Pour de nombreux analystes, la décision de la Cour est inséparable du contexte politique actuel.

Explication :

Manifestations des Jaunes

depuis plus de cinq mois, une horde de manifestants antigouvernementaux défile ou bloque par intermittence les rues de Bangkok pour exiger le départ de « Yingluck »

Leur bête noire est en fait le frère de cette dernière, l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, aujourd’hui en exil, et qui focalise non seulement la colère des manifestants, mais aussi celle de ce qu’il est convenu d’appeler ici les « élites traditionnelles » : un establishment regroupant grosso modo l’armée, le palais royal et certaines riches familles du monde des affaires, tous hostiles au « clan » des Shinawatra.

Quand on sait que toutes les grandes institutions du royaume, Cour constitutionnelle comprise, sont inféodées à ces mêmes élites, il est assez facile pour les partisans de Yingluck et de « Monsieur frère » d’en déduire que cette destitution s’apparente à un « coup d’État judiciaire »… Analyse d’Ekachai Chainuvati, recteur adjoint de la faculté de droit de l’université du Siam, à Bangkok : « La Thaïlande est une “juristocracie”, un système de gouvernement gouverné par des juges. »

Le passage aux affaires de Thaksin, renversé par un coup d’État militaire en 2006, avait été marqué à la fois par la corruption, une gouvernance parfois peu démocratique, l’évolution vers une économie plus mondialisée et l’enrichissement des classes paysannes. Dans la rue, les manifestants réclament la démission de la sœur de Thaksin, précisément au nom des abus liés à la corruption, même si celle-ci a été le lot de tous les gouvernements. Ils demandent une réforme des institutions, remettent en question le concept d’une démocratie à l’occidentale et prônent l’instauration d’un Conseil du peuple remplaçant l’actuel gouvernement élu. Sans que l’on voie très bien comment serait mis en place ce nouveau système chargé d’un grand « nettoyage » à l’issue duquel des dirigeants « propres » feraient de nouveau face aux urnes.

Mais l’essentiel est ailleurs : la Thaïlande, qui est entrée en 2014 dans sa septième année d’instabilité politique, traverse l’une des phases les plus complexes et les plus dangereuses de son histoire moderne. D’un côté, les tenants de ces « élites traditionnelles », dont l’image tutélaire est celle du vieux roi Bhumibol, s’appuient sur la classe moyenne de Bangkok pour faire pièce à une sorte de « révolution » sociale dont le milliardaire Thaksin avait curieusement été le parangon. Et dont la sœur personnifiait l’héritage.

LA « BATAILLE FINALE »

Du côté pro gouvernemental, les fameuses « chemises rouges » de Thaksin sont dans leur grande majorité issues des campagnes plus déshéritées qui ont moins bénéficié que les autres du miracle économique des années 1980. Et c’est Thaksin qui a aidé les plus pauvres à gravir quelque peu l’échelle sociale à coups de subventions et grâce à la mise en place d’une couverture universelle des soins médicaux. Résultat, la suprématie démographique des campagnes « rouges » a permis à Thaksin et à ses successeurs de remporter toutes les élections depuis 2001.

Conséquence : il est difficile pour les « élites » d’accepter le nouveau poids politique que pèsent ces paysans – ou ces gens d’origine paysanne –, dont la montée en puissance menace l’essence même d’une Thaïlande plus traditionnelle et conservatrice, naguère tout entière consumée dans sa révérence aux puissants.

Après la destitution de Yingluck, l’impasse se prolonge. La Cour n’ayant destitué que la chef de gouvernement et neuf ministres, c’est le même cabinet qui reste au pouvoir. Ce même gouvernement que Thaksin est accusé d’avoir « piloté » depuis son exil de Dubaï où il s’est réfugié pour échapper à des accusations de corruption.

Yingluck, novice en politique au moment de son élection en 2011, n’était en effet que le « clone » de son frère… Quant au nouveau premier ministre par intérim, Niwattumrong Boonsongpaisan, il est lui aussi un proche de Thaksin. Ce qui a poussé les manifestants, ces « jaunes » se réclamant de la couleur du roi, à redescendre dans la rue en masse depuis vendredi. Ils menacent de mener leur « bataille finale » si, dans les prochaines heures, un nouveau premier ministre « neutre » n’est pas nommé.

Pendant ce temps, dans un autre quartier de Bangkok, les « chemises rouges » se sont rassemblées depuis samedi et brandissent l’épouvantail d’une « guerre civile » si le gouvernement est dissous. Pour l’instant, la confrontation entre « jaunes » et « rouges » n’a pas eu lieu. Mais l’incertitude domine alors que des rumeurs d’un nouveau coup d’État se propagent.

source Le Monde

Génocide au Cambodge, Rithy Panh

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Génocide au Cambodge

C’est un sujet que je n’ai jamais vraiment abordé sur ce blog. Je n’ai aucun mot pour l’écrire, tout reste sous forme de sensations violentes, je n’ai aucun mot rationnel à mettre dessus. J’ai lu le livre L’élimination de Rithy Panh il y a un an. Je n’en n’ai fait aucun billet ici, juste une allusion dans un billet sur la démocratie. J’ai lu plusieurs livres sur le sujet mais je reste muette.

Quand je décidai d’aller en Asie du Sud Est en 2007 j’avais bien sùr le Cambodge en tête. Une fois au Viet Nam je ne pouvais me décider. Une peur irrationnelle m’étreignait ; en effet aucun danger àaller au Cambodge, ce n’était que la représentation de ce génocide. Je cherchais et trouvais un couple de filles (1) sympas qui l’avaient programmé, je m’accrochais aux wagons.

Je reviens sur le sujet car il est à nouveau question dans l’actualité de ces crimes : demain aura lieu la crémation de Sihanouk, mort en octobre 2012, à cette occasion une émission a abordé le sujet du génocide le 1er février. J’ai appris à cette occasion un crime qui avait été passé sous silence : les mariages forcés en régime Khmers rouges.

Dans cette vidéo le Cambodgien qui témoigne dit que l’Angkar (l’organisation) avait des yeux comme les ananas. On sait par différents témoignages que l’Angkar cachait des espions sous les maisons (2) pour écouter tout ce qui s’y passait et agir en conséquences, ceux qui se conduisaient “mal” allaient en camp de redressement, ou étaient exécutés.

Mes nouvelles amies et moi nous sommes données rendez-vous à Phnom Penh ; faisant halte à Ho Chi Minh je m’enquis de livres en français sur l’extermination au Cambodge, et en lisais ainsi plusieurs en quelques heures.

Rithy Panh

Dans L’élimination, Rithy Panh témoigne de son vécu d’adolescent de 13 ans chassé de Phnom Penh avec tout le reste de la population. Ses parents moururent de faim en 6 mois. Avant d’écrire ce livre il fit beaucoup de films et documentaires. Ce n’est que récemment qu’il put écrire sa propre histoire au travers d’une interview de Duch en procès. Ce dernier se livre dans son intimité, dans sa bonne conscience. Il est un homme instruit. En fait il eut pu être de ceux que l’Angkar désignaient comme le nouveau peuple, les gens cultivés ayant fait des études, fonctionnaires, dirigeants de sociétés, intellectuels  qui étaient les premières cibles de la destruction. N’étaient considérés que l’ancien peuple : les paysans. Cultiver la terre pour faire croitre le riz étant la seule activité noble et digne d’être accomplie. Le Cambodge avant les Khmers Rouges exportait son riz dans toute l’Asie. Les Cambodgiens moururent de faim sous le régime et n’a pu encore à ce jour rattraper la production qu’elle avait avant.

Les Khmers rouges opéraient rationnellement, comme une obsession : nettoyer. Comme on nettoie un sol ou des casseroles, rationnellement, avec méthode. Mais les humains ne sont pas des choses.

Les Khmers Rouges étaient reconnus et représentés (en particulier par le Duch) aux Nations Unis en tant que représentants du Cambodge. Le procès des Khmers Rouges à commencé en aout 2009.

L’INVITE” de TV5MONDE présenté par Patrick SIMONIN le 16/01/12 :

Intervenant au débat FIFDH 2012 intitulé “Khmers Rouges”

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(1) Homosexuelles, elles avaient chacune adoptée une fille Cambodgienne

(2) au Cambodge les maisons sont sur pilotis

Moeurs et vie quotidienne d’un Thaïlandais

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Vie quotidienne d’un Thaïlandais

Pour compléter le billet précédent, il me semble utile de décrire la vie quotidienne pratique d’un Thaïlandais, ses mœurs, sa manière d’être à l’autre (avec quelques comparaisons) :

  1. peu de différence entre le dedans et le dehors, ils sont chez eux autant dehors que dedans, c’est pourquoi le lieu d’habitation a moins d’importance que pour nous. Ils sont souvent dehors discutant, autour d’un plat (riz gluant, viande/poisson cuit au charbon de bois, légumes verts crus, ou une soupe, ou du riz garni d’une viande/poisson saucée-épicée) ou d’un verre de bière avec de la glace ou d’alcool à 35° étendu d’eau et de glace, ou ils s’arrêtent pour parler avec les voisins alentours, debout dans la rue par groupe, toujours gais, ce qui fait que les quartiers et les rues sont toujours vivants (sauf dans le quartier sud Silom où sont les tours)
  2. l’équilibre alimentaire naturel est en cours de changement, influencé par la nourriture américaine qu’ils fantasment (sodas, sucreries, chips, hot dog) et la minceur naturelle se transforme en obésité des jeunes
  3. la moyenne de l’âge de la mortalité est presque identique à celle de la France (79 ans)
  4. ils se déplacent toujours lentement (chaleur oblige), marcher vite serait dangereux pour la santé, ils doivent le savoir instinctivement
  5. leur perception de la température comporte peu d’amplitude : ils ont froid sous 30 ° et mettent une veste de coton, trop chaud à 35 ° = 5° d’amplitude (nous supportons en France entre 28°>-5° = 33° d’amplitude)
  6. la différence est totalement intégrée : beaucoup de transsexuels (maquillés, habillés en femme avec talons ou pas, mettant une poitrine en valeur ou pas), des vieux boitant ou tordus mais actifs, des débiles légers ou dérangés mentalement, toute cette différence humaine est intégrée à la vie quotidienne, chacun étant comme il est ou veut être, mêlés les uns aux autres naturellement, le débile est pris en compte, s’il dérange on lui fait comprendre gentiment, le vieux laisse indifférent autant qu’un jeune ou un trans.
  7. on ne crie jamais en Thaïlande, ce serait se déconsidérer, un désaccord se résout rapidement en insistant doucement juste une fois suffit, toujours avec le sourire et détendu (alors que chez nous il faut crier et insister lourdement pour se faire enfin entendre) ; les Occidentaux qui le font sont jugés ridicules, grossiers, méprisés par les Thaïlandais (partout en Asie du Sud-Est)
  8. aucune manifestation d’attachement affectif sentimental pour un couple, mais des ami/e/s se tiennent par la main, le sourire se décline selon l’attachement (juste poli ou intense), les deux mains devant la figure pour dire bonjour se fait pour celui que l’on respecte (à la hauteur des yeux pour la haute considération, avec une inclination du corps)
  9. les Thaïlandais sont naturellement réservés d’apparence, à ne pas confondre avec une indifférence (ils sont très émotifs), il suffit d’observer la mobilité du visage qui en dit long, pas d’hypocrisie, le respect de l’autre toujours, constant ; et ils sont patients avec tous ces touristes laids, grossiers, criants, démonstratifs dans les rues, ils en voient vraiment de toutes les couleurs, ils doivent se protéger pour résister et se préserver.
  10. l’entraide familiale est naturelle (une jeune fille faisant des études et travaillant pour les payer aide sa mère à arracher les légumes par ex. et si elle travaille le patron l’accepte)
  11. les fonctionnaires travaillent 8 heures par jour 5 jours/7
  12. les autres n’ont pas vraiment de jour de congé, bien que le dimanche soit en activité ralentie
  13. ils fêtent leurs fêtes traditionnelles + les nôtres
  14. ils ont presque divinisé leur roi… et tous les Thaïlandais ont peur de sa mort (moi aussi), ils pensent que le fils (qui ne s’est jamais intéressé à la vie de son pays) ne sera jamais roi ; ce roi qui a été élevé en Suisse a apporté la notion de démocratie, de progrès social propre à l’Occident, on en voit les grandes différences avec le Vietnam par ex. ; c’est grâce à lui que l’instabilité politique et les dictatures militaires n’ont pas fait trop de mal au pays et ses habitants. On s’attend à de grandes manifestations de tristesses et à des luttes politiques intenses, le tout dans les rues.
  15. précision sur la pollution : Bangkok (10 millions d’habitants) et Chiang Mai, qui est dans une cuvette entourée de montagnes, (1,3 millions d’actifs dans la journée) sont très pollués (pas sales : un papier/objet jeté dans la rue est digne d’une contravention de 2000 Bahts), Paris parait avoir de l’air pur à côté (il paraitrait que c’est bien pire en Inde), les sacs plastiques sont généreusement utilisés dans le quotidien.
    tomates et épices à vendre dans un marché Bangkok
    tomates et épices à vendre dans un marché Bangkok

    dans un marché chat étalé
    dans un marché chat étalé