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Lutte des classes en Thaïlande

Préambule

Je vous livre ici mon point de vue (personnel donc) sur ce qui se passe en Thaïlande depuis plusieurs années. D’abord ils vous faut oublier nos références “gauche” et “droite” (références de la Révolution française adoptées par le monde entier : à gauche de l’Assemblée révolutionnaire les Montagnards, à droite les Royalistes), elles n’existent pas en Thaïlande. Cependant on les retrouve dans les classes sociales concernées. Les informations que je vous livre ici sont pour partie sur le vif (échanges de Thaï avec moi, lecture du Bangkok Post, impressions et visuelles) et une sorte de bilan que j’en ai tiré personnellement après évolutions que je vous livre.

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La première fois que j’ai appris concrètement ce qui se passait en Thaïlande date de l’automne 2008

Voyant tous ces “braves gens” motivés, qui de plus, intéresses par la présence d’une Occidentale dans leur occupation m’ont donné une vidéo montrant les brutalités policières, j’ai eu de la sympathie pour eux, je trouvais leur gouvernement si brutal à leur égard que cela ne pouvait que forcer ma sympathie. Ces occupants montraient de plus une adhésion inconditionnelle au roi dont je n’avais que des informations orientées, mais ne le savais pas encore, : j’étais persuadé que ce roi, que tous les Thaïlandais vénéraient, ne voulait que le bien de sa population.

J’avais entendu qu’il avait fait “du bien” à sa population. Tous ces gens n’avaient pas encore pris le nom de Chemises Jaunes. Le Jaune est la couleur préférée du roi c’est pourquoi ils l’adoptèrent quelques temps plus tard, dans un premier temps les partisans de ce courant politique portaient des teeshirts jaunes dans les rues.

Au fil des années j’ai mieux connu les Thaïlandais, surtout par observations, car je ne connais pas un mot de leur langue et eux 3 mots d’anglais : il est donc difficile d’échanger. J’ai aussi lu des tas d’informations et quelques livres.

J’ai d’abord appris/compris que tous les Thaïlandais adoraient leur roi. En fait ils en sont dans l’obligation. Il est puni de prison (même pour un Occidental) de dénigrer le roi et même de marcher sur un billet de banque représentant son portrait si jamais vous arrêtez celui-ci dans son vol (mais peu de vent en Thaïlande) de votre pied : vous marchez sur le roi. Ainsi donc le mouvement qui avait ma sympathie il fallait approfondir la question avant de prendre leur parti.

De France, début des années 2010

j’entendis parler du nouveau mouvement qui venait de naître les Chemises Rouges, les autres ayant adoptés le nom de Chemises Jaunes, et des violences qui opposaient les uns et les autres entre eux et la police.

Sur place j’ai vu des meetings par haut parleur dans des stades : l’orateur n’était pas présent physiquement mais parlait depuis un autre pays (il en changea beaucoup). Il était des plus étonnant pour moi de voir ces meetings sans la personne physique remportant une adhésion enthousiasme des assistants.

Cet orateur, Thaksin Shinawatra, était interdit de séjour dans son pays et pourchassé “à travers le globe” pour malversation financière et corruption. Il ne pouvait donc avoir ma sympathie.

Mais les sympathies qu’une grande partie des Thaï avaient pour lui persistaient et même s’amplifiaient. Je m’interrogeais. J’appris que la corruption était endémique en Thaïlande (dans toute l’Asie du Sud-Est), que toutes les côtes étaient prises par la mafia, en particulier les débits de boissons et la prostitution (celle-ci très développée et ouvertement dans toute la Thaïlande). Ainsi on ne pouvait être pur dans sa prise de partie politique en Thaïlande, il fallait faire avec la réalité et se reporter sur d’autres critères.

Taksin du temps de son mandat électoral et de ministre construisit des hôpitaux (particulièrement dans sa région d’origine – Chiang Mai – et pour les minorités du Nord de la Thaïlande auxquelles il donna des droits particuliers, ce qu’elles n’avaient pas avant lui). Puis le mythe s’amplifiait “vous lui demandez quelque chose pour vous aider dans la vie il vous donne l’argent” étant une réponse entendue (en globish anglais).

Si maintenant je faisais une analyse de classe succincte

j’arrivais à la conclusion que les classes moyennes (classes nouvelles en Asie du Sud-Est) soutenaient les Chemises Jaunes et les classes pauvres (agriculteurs et ouvriers) les Chemises Rouges. Ainsi j’évoluai, changeai mon fusil d’épaule et pris parti pour les Chemises Rouges.

En janvier 2014 controverse dans l’Assemblée et un organisme d’état genre conseil constitutionnel : les élections avaient été fixées pour le 2 février, mais les Chemises Jaunes n’en voulaient pas, pour la raison de leur lutte contre la corruption, accusant un ministre du courant Chemises Rouges d’être partial et demandant sa démission depuis déjà plusieurs mois.

Dans le Bangkok Post je pus lire que si les élections avaient lieu les Chemises Jaunes manifesteraient et si elles n’avaient pas lieu aussi ! Vrai.

En attendant les Chemises Jaunes avaient repris leur “traditionnel” seating dans une grande partie de Bangkok et étendaient leur zone d’occupation à des ponts. Ils juraient qu’on ne leur en délogerait pas tant qu’ils n’auraient pas gain de cause.

Jusque la veille des élections (2 février 2014)

on ne savait toujours pas si elles auraient lieu. En attendant quelques panneaux apparaissaient dans les rues

et les Jaunes faisaient leur propagande

Finalement les élections eurent lieu, mais les petits malins de Jaunes bloquèrent la majeure partie des inscriptions de candidats dans le Sud si bien qu’elles ne purent avoir lieu partout sur le territoire du pays.

Tout est donc à recommencer.

L’analyse globale que je fais de ce mouvement en Thaïlande est le suivant. Je l’ai communiqué à quelques Thaïlandais (en globish anglais) sympathisants affirmés des Chemises Rouges et ils ne m’ont apporté aucun argument pour la contredire.

Le roi est vieux et malade (92 ans). Son fils est un incapable qui se fout totalement de son pays et qui dépense son fric à tout autre chose par millions. Par ailleurs les Thaïlandais commencent à comprendre que ce roi est immensément riche (la 1ère fortune du monde) à leur dépend, alors que le peuple reste est pauvre.

Les Thaïlandais seraient donc dans une sorte d’angoisse de l’incertitude de l’avenir qui n’a pas le droit de se dire du fait de l’interdiction de parler clairement de ce qu’on pense de la royauté. Par ailleurs, l’armée qui a à son actif de nombreux coups d’état ne veut plus refaire un nouveau “coup” (c’est le terme employé dans le Bangkok post). Par ailleurs ils ne comprenaient pas le mot “République” quand je leur disais, mais je pense que c’est un peu ça qui se cherche en Thaïlande, avec une meilleure répartition des richesses et revenus. Cette perspective serait surtout celle des Chemises Rouges.

Concernant les Chemises Jaunes : ils veulent le pouvoir à tous prix même s’ils ne remportent pas les élections et sont prêts à continuer l’occupation à Bangkok jusqu’à ce qu’ils obtiennent leur but, leur prétexte de refuser la corruption n’est qu’irréaliste car ils ne visent que des personnalités et pas un système en place.

Il existe aussi un conseil anti-corruption concernant le riz. Il se réunit régulièrement sans aboutir à des solutions concrètes. Par ailleurs les paysans n’ont pas encore (à ce jour) été payé de leur dernière récolte par l’État. Discussions vives aussi à ce sujet, alors que les ministères (suite aux élections précédentes régulières) sont de la tendance Chemises Rouges.

NB – Chemises Rouges et Chemises Jaunes sont les partis dont tous parlent, mais il existe beaucoup d’autres petits partis qui s’allient aux uns ou aux autres selon le vent.

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