Si l’Himalaya fond le Mékong s’assèche, c’est la ruine de toute l’Asie du Sud-Est

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J’ai une crainte depuis quelques temps, qui émerge en moi de plus en plus, concernant la fonte des glaciers de la chaine de l’Himalaya. Ma crainte vient des reportages que j’ai vu concernant les glaciers du Mont Blanc et des conséquences sur tout l’environnement et les vallées qui en dépendent.

Nous Occidentaux ne voyons en général que vers chez nous et nous oublions le reste de l’Humanité.

Ayant voyagé en Asie du Sud Est pour de longs et relativement fréquents voyages, j’ai passé du temps et parcouru le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande. Chacun de ses pays (plus le Laos) dépendent entièrement des glaciers de l’Himalaya pour leur agriculture c’est à dire pour se nourrir.

Une crainte est née déjà au sujet de projet de la Chine de faire un ou des barrages sur le Mékong dans la partie Sud de la Chine…

Mais je crains que la fonte des neiges et la disparition peu à peu des glaciers de l’Himalaya soient bien pire en conséquences. Nous sommes tous responsables, quand je dis “tous” je pense surtout aux industries et aux états, le péquin moyen n’a que peu d’action sur le climat, malgré la culpabilité que les états font peser sur lui.

Conséquences probables de la fonte des glaciers de l’Himalaya

Les plaines et/ou collines d’Asie du Sud Est contiennent d’immenses champ de riz ; pour pousser le riz doit avoir les pieds dans l’eau, ce sont des cultures qui se pratiquent depuis 2000 ans, c’est toute une civilisation. Il comprend des retenues d’eau, des digues, des canaux, des aqueducs… et les paysages qu’elles nous offrent sont d’une immense beauté, apaisante pour celui qui regarde, on peut regarder ces paysages changeant avec la lumière et la saison, des journées entières sans se lasser. La culture par brulis a un rendement plus faible et demande un “déménagement” chaque année.

peu de séparation entre fleuve et ciel
peu de séparation entre fleuve et ciel

Mais le Mékong ne favorise pas que la culture du riz mais une immense variété de légumes et de fruits dont ils se nourrissent quotidiennement se qui permet un bon équilibre alimentaire, mais aussi exportent vers toute la planète et ils ont besoin de ces revenus pour vivre. C’est aussi un engrenage d’autres industries qui en dépendent.

Le parcours du Mékong (1) : il prend naissance en Himalaya, irrigue successivement la Chine, borde le Laos à la frontière de la Birmanie puis de la Thaïlande avant de couler au Laos et de revenir à sa frontière, puis traverse le Cambodge où se forment les premiers bras de son delta (2), qui se prolonge dans le sud du Viêt Nam où il va de démultiplier en bras de divers largeurs pour aboutir à son delta final qui se jette dans la mer de Chine. Tous les bras du Mékong sont navigables : le Mékong favorise donc aussi le commerce et le transport des gens et des marchandises. Le delta est l’occasion d’un grand port et de multiples autres plus petits tout autour.

nong Khai Mekong coucher de soleil sur le fleuve
nong Khai Mekong coucher de soleil sur le fleuve

On peut aussi rajouter tous les fleuves qui prennent leur source dans l’Himalaya dont le Chao Praya qui traverse la Thaïlande du Nord au Sud.

Sur les habitants

Combien de millions de personnes sont-elles dépendantes du Mékong ? Difficile à apprécier, car par exemple le Vietnam en dépend dans son entier pour nourrir tous les Vietnamiens du Nord au Sud. Il y a 4 récoltes de riz par an sur les rives du Mékong, contre 1 à 2 dans le reste du pays. La Thaïlande qui est le 1er ou 2ème (j’ai oublié) exportateur de riz au monde en dépend pour toute son économie.

Il faudrait donc additionner tous les habitants de tous ces pays ou presque, on peut aboutir à environ 180 à 200 millions de personnes. De plus nous n’avons pas l’habitude que cette partie de la Planète soit en déficit de nourriture (pas comme pour l’Afrique ou d’autres régions du monde) mais qu’au contraire ils exportent et nous vendent de la nourriture (fruits, légumes, riz, café, etc.)

Système hydrologique du Mekong
Système hydrologique du Mékong

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(1) j’ai pris l’option de ne parler que du Sud-Est Asiatique, mais l’Inde est irriguée du Nord au Sud (Gange, Indus) par les glaciers de l’Himalaya, et le Fleuve Jaune qui traverse la Chine de l’Ouest à l’Est

(2) qui a permis la civilisation d’Angkor

Les procès de Phnom Penh : au crédit du Cambodge

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Rappel historique

En 1979, les Cambodgiens venaient d’être libérés de la barbarie par l’armée vietnamienne. Sur ordre des gouvernements occidentaux, la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU refuse d’adopter le rapport décrivant la tragédie cambodgienne comme « sans précédent dans notre siècle, à l’exception des horreurs du Nazisme. » Le tribunal international de Phnom Penh vient de laver l’infamie de 1979.

16 novembre 2018

Cette date entre dans l’Histoire. Celle du Cambodge, mais aussi celle de l’humanité, de cette humanité qui réclame que tous les crimes de masse, quels que soient leurs auteurs, soient punis. Un petit pas vient d’être franchi à Phnom Penh dans cette longue marche vers une justice pénale internationale applicable à tous.

L'ancien dirigeant khmer rouge, Khieu Samphan, dans l'attente du verdict le 16 novembre
L’ancien dirigeant khmer rouge, Khieu Samphan, dans l’attente du verdict le 16 novembre. © Reuters

Khieu Samphan, ancien Chef de l’Etat du régime de Pol Pot et Nuon Chea, numéro 2 de ce régime viennent d’être condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité, violations graves des Conventions de Genève et génocide.

Non seulement les deux plus hauts dirigeants encore en vie de ce régime barbare sont jugés et justice est rendue, mais le jugement considère qu’il s’est agi, au sens juridique de l’expression, d’une « entreprise criminelle commune » impliquant directement les hauts dirigeants nommément cités comme auteurs des crimes commis : Pol Pot, Nuon Chea, Khieu Samphan, Ieng Sary, Ieng Thirith, Son Sen, Vorn Vet, Ta Mok, Ke Pauk, Koy Thuon, Chou Chet, Ruos Nhim et Sao Phim. Le tribunal a donc procédé en quelque sorte à une condamnation posthume des dirigeants ayant échappé à sa juridiction du fait de leur décès avant ou pendant la procédure entamée en 2007.

Procès tardifs ?

Des observateurs occidentaux ont souvent déploré le caractère tardif de la mise en place des Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens (CETC), cette formule qualifiée d’hybride par les spécialistes du droit pénal international puisque ces Chambres réunissent juges, procureurs et avocats cambodgiens et des confrères étrangers choisis sur des listes tenues par l’ONU. Et ces mêmes observateurs de faire du Gouvernement cambodgien le responsable de ce retard.

Ce que ces observateurs occidentaux omettent toujours de rappeler, c’est que pendant 14 ans, la communauté internationale, qui avait décidé de punir le peuple cambodgien pour avoir été libéré d’un régime génocidaire par l’armée vietnamienne flanquée d’insurgés cambodgiens, a refusé toute condamnation du régime de Pol Pot et de ses principaux dirigeants qu’elle a protégés.

Pire même, en imposant au peuple du Cambodge les Accords de Paris de 1991, c’est une véritable amnistie qui était offerte aux dirigeants Khmers rouges invités à participer au processus de paix prévu par ces Accords et aux élections que l’ONU allait organiser. Pas question de procès donc. Bien plus : le droit pour Pol Pot et sa bande de criminels de participer aux élections. Et les Accords de Paris désignaient par les termes « l’histoire tragique récente du Cambodge » ou encore « la politique et les pratiques du passé » ce que les CETC viennent de qualifier de crimes contre l’humanité et de génocide.

Le refus de Pol Pot et de ses hommes d’appliquer ces Accords et l’impuissance du Conseil de Sécurité de l’ONU à les faire respecter ont eu pour conséquence qu’au départ de l’ONU du Cambodge en 1993, Pol Pot contrôlait un tiers du territoire national, soit davantage qu’avant l’arrivée de la mission des Nations Unies. Ce sont les autorités cambodgiennes qui ont eu à faire face à une situation qui n’était en rien promise par les Accords de Paris. La guerre que ceux-ci étaient censé terminer a duré encore 5 ans et le véritable architecte de la pacification intervenue fin 1998 fut le Premier Ministre Hun Sen.

Le premier ministre cambodgien Hun Sen, ancien khmer rouge, au pouvoir depuis 33 ans.
Le premier ministre cambodgien Hun Sen, ancien khmer rouge, au pouvoir depuis 33 ans. © Reuters

Là où les Vietnamiens, l’ONU et Norodom Sihanouk avaient échoué, M. Hun Sen a réussi. Il y est parvenu au prix d’un accord limitant les poursuites aux dirigeants du régime de Pol Pot qui avaient planifié et ordonné les crimes de masse et permettant aux exécutants, les soldats et les cadres Khmers rouges de réintégrer la société cambodgienne.

Il faudra encore attendre de longues et difficiles négociations avec l’ONU pour que les CETC se mettent en place en juin 2007. Entretemps, la plupart des dirigeants dont la liste a été rappelée dans le jugement de ce 16 novembre, sont décédés. Quand les CETC entament leurs travaux, il ne reste que Duch ancien directeur du centre de torture S21, Khieu Samphan, Nuon Chea, Ieng Sary, ancien ministre des Affaires étrangères et sa femme Ieng Thirith ancienne ministre des Affaires sociales. Ces deux derniers sont décédés pendant les procès. Si les survivants d’un régime qui s’était appelé Kampuchea Démocratique ont du attendre 39 ans pour obtenir justice, ce n’est en aucune façon la faute des Cambodgiens.

Procès incomplets ?

Ces mêmes observateurs occidentaux et des défenseurs de droits de l’Homme déplorent que les procès n’aient pas permis de juger d’autres Khmers rouges dont certains furent notoirement impliqués dans des crimes de masse. C’est oublier que la paix est intervenue au prix d’un accord excluant que des procédures soient entamées contre d’autres personnes que celles figurant dans l’appareil dirigeant historique du Kampuchea Démocratique. Cette impunité fut le prix à payer pour la paix. Une paix qui attendait depuis 28 ans, depuis ce jour funeste du 18 mars 1970 où un coup d’Etat inspiré par les USA plongea le pays dans la guerre. Pour m’être entretenu avec d’anciens officiers Khmers rouges, je peux certifier que sans un tel accord, la pacification eut été impossible.

Certes, deux dossiers furent instruits par des magistrats instructeurs occidentaux des CETC et quatre personnes furent mises en accusation « in abstentia » par ces seuls magistrats occidentaux. Sans l’accord de leurs collègues cambodgiens. Même si les actes commis par ces personnes justifieraient en d’autres circonstances qu’elles soient jugées et condamnées, elles sont protégées par le processus de pacification et par le statut des CETC qui limite les poursuites au cercle dirigeant du régime de Pol Pot. Même si elles ont commis ou couvert des crimes de masse, ces quatre personnes n’appartenaient pas à ce cercle dirigeant. Les magistrats cambodgiens, pourtant eux aussi victimes ou enfants de victimes des Khmers Rouges, s’en sont tenus à la loi portant statut des CETC.

Il est trop facile, depuis le confort des salons occidentaux, d’exiger une justice pure et parfaite dont ni les pays d’Europe, ni les USA n’ont fourni l’exemple, particulièrement à l’égard de certains Nazis, collaborateurs de Nazis ou financiers de Nazis. A ce jour, aucun pays au monde n’a fourni l’exemple d’un rejet absolu de l’impunité pour les crimes de masse perpétrés sur son territoire. A quel titre exiger du Cambodge ce qu’on est incapable de faire soi-même ? De quel droit, des individus qui n’ont rien connu du régime de Pol Pot ni des années de guerre qui ont suivi, viennent-ils formuler des exigences susceptibles de mettre la pacification en danger ?

Les CETC, à l’avant-garde de la justice pénale internationale

La loi cambodgienne qui crée les CETC, résultat de 7 ans de négociations avec l’ONU, a permis quelques avancées significatives du droit pénal international. En tout premier lieu, la présence de parties civiles. Les CETC sont la première juridiction à caractère international à reconnaître aux victimes – à ne pas confondre avec les témoins – le droit de participer effectivement à la procédure pénale. Jusque là, des tribunaux militaires de Nuremberg et de Tokyo aux tribunaux ad hoc concernant l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, les victimes, à travers leurs avocats, ne sont pas un acteur de la procédure. Au total, 4.222 victimes ont été admises comme « parties civiles » par les CETC. Les procédures retenues ont permis de traiter le problème d’un grand nombre de victimes, difficulté qui avait été une des raisons invoquées depuis 1945 pour refuser leur participation à la procédure pénale. Les CETC ont rempli un rôle pionnier à cet égard.

Dans le jugement rendu ce 16 novembre, il est fait une place importante à un concept juridique parfois encore contesté par des spécialistes du droit pénal international et, nul ne s’en étonnera, par les personnes mises en accusation. C’est celui de « l’entreprise criminelle commune ». A Nuremberg, on a utilisé le terme « conspiration » ; plus tard, et notamment au tribunal d’Arusha en Tanzanie où furent jugés les crimes commis au Rwanda, on a utilisé l’expression « plan concerté » car c’est la caractéristique de tout génocide. Ce crime de masse spécifique ne peut être que le résultat d’une planification préalable et d’une action collective. Les juges des CETC ont considéré que le projet commun aux dirigeants du Kampuchea Démocratique était en soi de nature criminelle et qu’on se trouve bien, en l’occurrence devant le concept d’entreprise criminelle commune. En cela, le jugement du 16 novembre 2018 des CETC consolide ce concept du droit pénal international.

Il faut également mettre au crédit des CETC un énorme travail d’information et de sensibilisation afin que la population et les survivants en premier lieu comprennent les mécanismes parfois complexes d’un tribunal et, en l’occurrence, d’un tribunal hybride. Mais aussi qu’il soit compris que la Justice n’est pas la vengeance et qu’un tribunal répondant aux critères de l’ONU exclut la peine de mort. L’équipe des relations publiques des CETC, utilisant les technologies modernes (vidéos) s’est rendue dans toutes les provinces pour fournir ce travail d’explication touchant ainsi plusieurs centaines de milliers de personnes. Elle s’est rendue dans les écoles et dans les tribunaux nationaux. Près de 600.000 personnes ont assisté au moins à une audience du tribunal. Ce travail indispensable fut rendu possible parce que le Gouvernement cambodgien s’était battu longuement pour que les procès se tiennent au Cambodge alors que ce n’était pas la proposition initiale de l’ONU. Faut-il rappeler que cela ne fut pas possible ni pour l’ex-Yougoslavie, ni pour le Rwanda et que cette absence d’implication de la population concernée, on le voit bien aujourd’hui, affecte le processus de réconciliation nationale ?

Le rôle particulier de trois personnes mérite d’être souligné au moment où ce jugement historique est prononcé. Celui du Premier Ministre du Cambodge, M. Hun Sen qui a voulu ce tribunal, qui a voulu qu’il se tienne au Cambodge tout en préservant la pacification et la réconciliation nationale et qui n’a cessé d’augmenter la contribution de son gouvernement au financement international des CETC. Celui du Vice-Premier Ministre Sok An, décédé l’an passé, qui fut l’inlassable négociateur du Cambodge avec l’ONU, avec les donateurs en sa qualité de président de la « task force » chargée de piloter le bon fonctionnement des CETC. Et celui du juge Nil Nonn, président de la Chambre de première instance dont la calme et ferme direction des débats, pendant 547 jours d’audience au total, fait aujourd’hui l’admiration de ses collègues et des professionnels de la Justice.

Aux Occidentaux si souvent indifférents ou injustes lorsqu’il s’agit de la tragédie cambodgienne, je voudrais rappeler qu’en 1979, la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU commit un véritable déni de justice sur ordre des gouvernements occidentaux en refusant d’adopter le rapport du diplomate tunisien Abdelwahab Bouhdiba qui décrivait les évènements du Cambodge comme « sans précédent dans notre siècle, à l’exception des horreurs du Nazisme. » Les CETC viennent de laver l’infamie commise en 1979 par la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU.

Raoul M. JENNAR

Auteur de Khieu Samphan et les Khmers rouges. Réponse à Maître Vergès. Préface de Robert Badinter, Paris, Editions Demopolis, 2011.

L’art du wai (bonjour) en Thaïlande

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L’art du wai en Thaïlande

Le wai utilisé en Thaïlande pour saluer son interlocuteur est à la fois une forme de politesse et un signe de respect.

En Thaïlande, pas de poignée de main ni de bise pour se dire bonjour : on utilise le wai pour saluer son interlocuteur, un geste qui est à la fois une forme de politesse et un signe de respect.

Ce geste, emblématique de la culture thaïlandaise, remonte au 12ème siècle. Il est utilisé pour saluer, remercier mais aussi pour montrer son respect.

On le retrouve dans d’autres pays d’Asie, notamment au Cambodge où il est appelé : Sampeah, et au Laos : nop.

Mais il faut faire attention, le wai s’effectue différemment en fonction de son interlocuteur. La hauteur des mains est très importante car elle indique le degré de respect.
L’art du wai en Thaïlande

Les différents types de wai

  • Aux personnes jeunes ou du même niveau que vous : mains jointes au niveau de la poitrine.
  • Aux gens plus âgées, les ainés on utilise le wai respectueux : mains jointes au niveau du menton.
  • À ceux d’un rang social élevé (ministres, patrons) : mains jointes au niveau du nez.
  • Aux membres de la Famille Royale et aux moines : mains jointes au niveau du front, avec généralement une inclinaison de la tête vers l’avant pour les hommes et une révérence pour les femmes.

Un wai peut aussi être adressé à une divinité ou à Bouddha : dans ce cas les mains sont placées au niveau du front ou au-dessus de la tête si la personne se prosterne

Le wai et les étrangers

Le wai est une tradition pour les Thaïlandais qui le pratiquent depuis leur plus jeune âge.

Cependant si vous êtes étranger et que le wai n’est pas dans vos habitudes, il est inutile de l’utiliser tout le temps. En principe vous n’avez besoin de faire un wai à une personne plus jeune que vous, ou à un employé qui se situe à un échelon inférieur au votre.

Il peut aussi servir comme manière de s’excuser, par exemple si vous avez bousculé quelqu’un.

Pas toujours facile de s’y retrouver au début, mais répondre par un grand sourire suffit lorsqu’on n’a pas encore compris toutes les subtilités de ce geste.

Thaïlande 4ème pays plus faible taux chômage

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Les sites web en ligne ont classé la Thaïlande parmi les pays ayant le moins de chômage, rapporte le ministère du Travail.

BANGKOK, le 25 juin 2018 (NNT) –

Le directeur général du Département de l’emploi, Anurak Tossara, a déclaré aujourd’hui que les autorités cherchaient une solution au problème du chômage des étudiants nouvellement diplômés.

Il a dit qu’une étude récente par Trading Economics.com et Index mundi.com sur le statut d’emploi global, a classé la Thaïlande au 4ème rang parmi les pays avec le moins de chômage. L’enquête a examiné la situation de l’emploi dans 215 pays. En mars 2018, 1,2% des 66,2 millions d’habitants de la Thaïlande sont actuellement au chômage.

Il a également noté que selon le rapport de l’Office national de la statistique, un total de 170 900 nouveaux étudiants seraient au chômage. Le ministre du Travail Pol Gen Adul Saengsingkaew a convoqué une réunion des agences gouvernementales et du secteur privé pour trouver une solution à ce problème.

Le ministère du Travail offrira une aide à la recherche d’emploi grâce aux services du Smart Job Center, des bureaux locaux de l’emploi, des unités mobiles et des services en ligne sur www.doe.go.th/smartjob et l’application pour Smartphone du Centre pour l’emploi intelligent.

diplômés sans emploi
diplômés sans emploi

Le chef du DOE a ajouté que le taux de chômage est influencé par des facteurs tels que l’enseignement supérieur dans des domaines qui ne sont pas actuellement demandés sur le marché du travail ou par des décisions personnelles de prolonger la recherche d’emploi. sur les affaires de leur famille.

Le DOE sera également en contact avec les entreprises qui cherchent des employés avec un baccalauréat et la création d’une liste de postes vacants pour aider les diplômés sans emploi. Il offrira également des séances d’orientation aux étudiants avant leur entrée à l’université, leur fournissant ainsi une perspective précise sur le marché du travail actuel.

Source : https://www.thaivisa.com/forum/topic/1044699-thailand-ranked-4th-lowest-in-unemployment/

Le roi en Thaïlande Bhumibol Adulyedj

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Bhumibol Adulyedj

L’immense majorité des Thaïlandais n’a pas connu d’autre souverain : Bhumibol Adulyedj a été appelé au trône en…1946. Son image tutélaire a accompagné leur vie et il n’est pas question de lui manquer de respect. L’article 112 du code pénal est très clair à cet égard : il réprime très sévèrement tout acte de lèse-majesté. Le roi est celui qui bannit ce qui doit être banni : circulez, il n’y a rien à ajouter…

L’application de cet article 112 qui stupéfie les occidentaux s’est d’ailleurs plutôt durcie à la fin de la vie du vieux roi. C’est un des paradoxes du roi. Il a joué la présence familière auprès de son peuple mais il a aussi creusé la distance entre le commun de ses sujets et son statut particulier de maître de leurs existences.

Son long règne est d’ailleurs bien difficile à interpréter. Roi constitutionnel, il aurait voulu élargir son influence mais il n’a joué de rôle régulateur déterminant qu’en de rares occasions. Au total, il a très longuement cohabité avec des régimes militaires : 70 ans de règne, 19 coups d’état !

De même, il a fait mettre en avant sa simplicité mais sa fortune s’est arrondie au point d’être devenue, de loin, la plus importante possédée par un monarque dans le monde.

Bhumibol, habité lui-même par la contradiction, n’a pas nécessairement réussi à demeurer la figure unificatrice qu’il disait incarner. Il est vrai que, depuis les années 2000, la Thaïlande est fortement polarisée politiquement.

Le fils Rama X

Le règne de Rama X qui va commencer permettra, par contraste, de faire le bilan de celui de Rama IX ! A 65 ans, le fils du défunt s’affiche comme un play-boy à l’européenne. S’il dissimule comme son père ses intentions véritables, ce sera sous une toute autre allure.

Affiche pour l’anniversaire de Rama X en juillet 2017 à Bangkok qui a succédé à son père en octobre 2016 © Getty / Paula Bronstein

Deuil national

Le port de vêtements noirs ou sombres est fermement recommandé demain 26 octobre 2017 en Thaïlande où le corps du roi Rama IX va être brûlé sur un bûcher.

deuil national rues Thailande janvier 2008
deuil national rues Thaïlande janvier 2008 pour la sœur du roi
deuil national rues Thailande janvier 2008
deuil national rues Thaïlande janvier 2008 pour la sœur du roi
deuil pour le roi Rama X 2017
deuil pour le roi Rama X 2017 devant un temple à Bangkok en janvier 2017

 

Inspirée de France-Inter

Sortie en France d’un film thaïlandais : POP AYE

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Synopsis

Un architecte désenchanté voit le centre commercial qu’il avait construit 30 ans auparavant remplacé par un projet réalisé par les jeunes architectes de son agence. Ne trouvant pas de réconfort auprès de son épouse, il erre dans les rues de Bangkok et fait la rencontre fortuite de Pop Aye, un éléphant qui fut jadis son ami d’enfance. Il se lance alors dans un long voyage à travers la Thaïlande pour raccompagner l’éléphant dans la ferme où ils grandirent ensemble.

Critique de Thaï Visa de Pop Aye

Dès les premières scènes, et tandis que se multiplient les plans d’ensemble, l’intention principale de la réalisatrice est posée : celui de dépeindre une Thaïlande rurale et exotique défigurée par sa propre industrialisation, depuis des installations électriques saillantes jusqu’à une déforestation massive au profit de constructions architecturales disgracieuses. Symbole de cet entre-deux, le duo que forment Thana et son éléphant Popeye fuit la capitale pour retourner vers la campagne profonde. Si le pachyderme est une parfaite incarnation de la nature, le rapport qu’entretient son propriétaire avec la ville n’apparaît pas comme une évidence avant le dialogue qui viendra conclure le film. De la même façon, les origines de son lien avec son imposant animal de compagnie ne seront disséminées que lors de flashbacks arrivant relativement tard. Peut-être est-ce d’ailleurs cette façon de déconstruire la traditionnelle introduction des personnages qui a tapé dans l’œil du jury de Sundance qui lui a remis le Prix du meilleur Scénario.

affiche du film thaïlandais : Pop Aye
affiche du film thaïlandais : Pop Aye

Ceci dit, la construction de la narration se faisant selon le schéma classique du road movie davantage que celui du buddy movie, il n’est pas étonnant de constater que l’écriture donne davantage d’importance aux personnages secondaires qu’aux deux personnages principaux. La bienveillance qui viendra traverser chacune de ces rencontres, qui semble d’ailleurs proportionnelle à la marginalisation du quidam, est pourtant bien moins intéressante à voir développée que la mélancolie qui anime Thana. Sa sympathie pour des stéréotypes tels que le sans-abri ou le transsexuel, tandis que la femme au foyer et plus encore le policier se révèlent sans surprise médisant à son égard, donne au long-métrage un ton très consensuel alors que les afflictions de cet ancien architecte se voudraient porteur d’un sous-texte sociologique qui méritait d’être davantage approfondi. En pleine crise de la cinquantaine, Thana voit en effet le fruit de son travail anéanti au profit d’un nouveau bâtiment, faisant de lui une victime collatérale de cette frénésie de construction à laquelle il a pourtant lui-même contribué. Cette piste cynique et contestataire restera en filigrane d’un long-métrage frileux d’assumer son discours que ses détracteurs jugeront rétrograde.

Fort heureusement, Pop Aye parvient à s’assumer comme un feel-good movie dont le pouvoir comique repose entièrement sur les gags générés par la collision entre cet éléphant et un monde moderne où il n’a plus sa place. La musique, qui est propice à une ambiance burlesque et nous accompagne dans de magnifiques paysages thaïlandais, participe agréablement à la légèreté du concept. Ce sont donc au final trois éléments avec lesquels la réalisatrice parvient à jongler du début à la fin : la poésie douce-amère générée par l’introspection dans laquelle se plonge Thana -celle-là même qui semble justifier la non-linéarité du scénario ; l’humour enfantin inhérent à l’idée de voir un éléphant se promener sur les routes et le regard désenchanté sur un pays en proie à un consumérisme déraisonné, à l’échelle globale comme individuelle.
Pour un premier film, Kirsten Tan livre une comédie particulièrement sympathique malgré ses quelques maladresses. On a hâte de voir si elle parviendra à renouveler l’exercice avec un second long-métrage que l’on espère un peu plus abouti.

source : Thaï Visa

Cambodge : 25 ans après les Accords de Paris

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Anniversaire des Accords de Paris

Le Ministère cambodgien des Affaires étrangères et l’Ambassade de France à Phnom Penh ont organisé conjointement une séance académique pour marquer le 25e anniversaire des Accords de Paris, signés le 23 octobre 1991. La tonalité de la majorité des interventions relevait des propos convenus sur le « succès » de ces Accords. Toutefois, le Ministre cambodgien lui-même a tenu à indiquer :

« Pour celles et ceux qui, demeurés au Cambodge, survécurent à la tragédie du régime de Pol Pot et se réjouirent d’avoir été libérés de la tyrannie, les Accords de Paris constituent une étape dans un processus entamé le 7 janvier 1979. Pas une fin en soi. Une étape, parce que tout ce qui a précédé était incompréhensible à nos yeux : la négation par la communauté occidentale des crimes de masse commis dans notre pays, le maintien d’un dirigeant Khmer rouge comme représentant du à l’, la décision d’interdire toute aide au développement à un pays totalement détruit et à une société disloquée ayant perdu ses repères et ses élites, tout cela fut décidé dans le cadre des Nations Unies. Telle fut la réalité diplomatique des années qui ont suivi notre libération, de 1980 à 1991. J’ai eu l’occasion de le dire il y a quelques semaines devant l’assemblée générale de l’, il y a pour nous un passé qui ne passe pas. Nous avons pris conscience de l’instrumentalisation du thème de la démocratie et de celui des droits de l’Homme selon les opportunités géopolitiques du moment. Et il est des Etats qui peuvent tout se permettre sans jamais être condamnés. Ce ne sont pas les principes qui guident les relations internationales, ce sont les intérêts du moment. C’est donc avec cette lucidité qu’il nous faut regarder, 25 ans après, ce qu’ont représenté les Accords de Paris ».

Carte Asie du Sud Est
Carte Asie du Sud Est ou ASE

Nations Unies au Cambodge

Pour ma part, j’ai proposé une lecture critique des Accords de Paris et de la manière dont ils ont été mis en œuvre par l’Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge (APRONUC) dont j’étais un consultant :

Les Accords de Paris furent, à de rares exceptions près, très positivement accueillis par la plupart des observateurs et leur mise en œuvre par l’APRONUC eut droit le plus souvent à des évaluations très positives. Aujourd’hui, des analyses plus nuancées ont été publiées en particulier dans le cadre de travaux comparant plusieurs opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Pour ma part, ce n’est pas comme politologue ou comme intellectuel, au sens que Malraux donnait à ce mot, mais c’est tout simplement comme être humain, que je ne peux partager ce degré de satisfaction que j’ai pu entendre.

J’ai bien entendu l’exposé de l’Ambassadeur Levitte. Il ne peut y avoir de malentendu. J’ai le plus grand respect, Ambassadeur Levitte, pour l’intelligence avec laquelle vous avez exposé votre analyse des Accords de Paris. De l’admiration même. Parce que tout votre propos exprime avec brio cette capacité qui est la vôtre de vous hisser au niveau où on se doit de prendre en compte toutes les données d’un problème, toutes les contraintes, parfois contradictoires, des situations et, souvent, toutes les contradictions des acteurs en présence.

Mon niveau, celui où je me suis tenu et où je me tiens encore, c’est celui que j’ai perçu comme étant le niveau des survivants de l’holocauste cambodgien. C’est aussi celui d’un Européen honteux d’avoir vu des pays qui me sont particulièrement chers, la Belgique et la France, punir avec d’autres les Cambodgiens d’avoir été libérés par les Vietnamiens en adoptant à l’ONU les positions que l’on sait. Si depuis 27 ans, j’entretiens avec ma troisième patrie – au sens où Cicéron entendait ce mot – un lien si intense, c’est comme une manière de demander pardon pour le mal que nous avons fait, pardon pour l’injustice que nous avons commise depuis le confort des chancelleries où on joue le sort des peuples comme des pions sur un jeu d’échec.  Ce qui vous a distingué de beaucoup d’autres, Ambassadeur Levitte, c’est que dans les négociations, vous avez apporté cette touche irremplaçable de l’humanisme français lorsqu’il entend s’exprimer. Et vous l’avez fait en vous efforçant d’écouter et de comprendre le point de vue exprimé par ceux qui venaient de Phnom Penh. Mais pour ce qui me concerne, jamais, je ne pourrai m’accommoder du cynisme d’un Henry Kissinger soutenant le coup d’Etat de 1970 ou d’un Zbigniew Brzezinski organisant une guerre par procuration.

Charniers laissés derrières les Occidentaux

Les ombres des disparus hantent les rizières devenues des charniers et les murs des pagodes et des écoles transformées en centres de torture. Elles nous interrogent, nous Occidentaux : « pourquoi avez-vous traité ainsi ceux que nous avons laissés derrière nous ? »

Alors oui, du niveau d’où je m’exprime, mon propos est sévère. Comme doit l’être celui de l’avocat qui défend ses victimes. Ce que je vais exprimer, je l’ai entendu si souvent de la bouche de Cambodgiens, trop contents qu’on s’occupe d’eux après avoir été si longtemps traités en parias,  pour oser critiquer la manière dont on s’occupe d’eux.

Je fus de ceux qui ne partagèrent pas l’enthousiasme diplomatique et médiatique lorsque les éléments essentiels des Accords furent résumés dans ce qui s’est appelé le document-cadre. Les analyses successives que j’ai publiées en 1990-1991, et que j’adressais à l’Ambassadeur Levitte alors directeur Asie au Quai d’Orsay, avaient pour titre « un pari dangereux », « revoir la copie », « donnez une chance à la paix », « seuls les Cambodgiens paieront le prix de nos erreurs », « le pari cambodgien », « vers une paix lourde de dangers »[1].

Comme le sort des Khmers rouges pendant la période allant du cessez-le-feu à l’organisation des élections n’avait pu faire l’objet d’un accord lors de la première session de la Conférence de Paris, à l’été 1989, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU ont décidé de trouver un accord entre eux. Ce à quoi ils consacrèrent l’année suivante.

Nous étions en 1990. Le mur de Berlin était tombé. Dans ce club des Cinq, face aux quatre autres, l’URSS, qui allait être dissoute un an plus tard, était devenue le négociateur le plus faible. Elle était pourtant la seule qui résistait à l’idée d’une solution incluant les Khmers rouges, relayant en cela la position de ceux qui gouvernaient le Cambodge. Ce qui a donné le texte qu’on connaît. Avec des conséquences que je voudrais rappeler.

Crimes contre l’humanité

Première conséquence, ce ne sont pas des éléments réputés modérés, pour autant qu’il en existât, dont les noms figurent au bas des Accords au nom de la faction polpotiste, mais ce sont les noms de deux des plus grands criminels que le XXe siècle ait connu, le Président de l’État du Kampuchea démocratique et son ministre de la Défense, architecte du régime de terreur et grand ordonnateur des crimes de masse, un véritable Himmler cambodgien.

Deuxième conséquence, on ne trouve, dans le texte des Accords, aucune référence explicite aux crimes contre l’humanité, aux violations des Conventions de Genève, aux actes d’agression commis contre les Etats voisins, au génocide. Seule la formule « la politique et les pratiques du passé » était censée y faire référence. Les Accords de Paris sont, du point de vue du droit pénal international, un acte officiel de révisionnisme.

Troisième conséquence, l’Accord signifiait qu’une organisation politique et ses chefs, qui avaient commis des crimes dignes de ceux du régime nazi, étaient amnistiés et réintégrés dans la société cambodgienne. Si, d’aventure, ils avaient honoré leur signature, les Khmers rouges auraient pu participer aux élections, siéger à l’Assemblée nationale et bénéficier de la plus totale impunité. Ce fut d’ailleurs confirmé publiquement le 30 août 1990, à l’issue d’une réunion à Pattaya du Conseil National Suprême avec les Coprésidents de la conférence de Paris et les cinq membres permanents.

Jamais, dans l’histoire contemporaine, on n’a vu, dans des textes officiels de cette importance, une telle négation de crimes d’une telle ampleur. D’un passé de sang, les auteurs des Accords faisaient table rase. On agissait de la même manière que si les Alliés avaient imposé aux Allemands, en 1945, la participation des Nazis à l’édification d’une nouvelle démocratie allemande. Ce qu’il était impossible d’imposer aux Allemands, on l’a dicté aux Cambodgiens.

Il n’y avait, dans les textes, aucune disposition relative à un éventuel défaut d’une des parties, alors que le bon sens invitait à prendre de telles précautions, vu la nature du mouvement dirigé par Pol Pot. Mais cette nature fut systématiquement ignorée. Dès lors, une fois qu’il fut manifeste que la faction polpotiste renonçait à appliquer les Accords, cette situation nouvelle a considérablement modifié le contexte dans lequel les Accords ont dû être appliqués. Pourtant, cela n’a pas incité les Cinq membres permanents à reprendre le dossier, obéissant en cela à une funeste « diplomatie de la patience » proposée par le Secrétaire général de l’ONU. Ce sont les Cambodgiens qui en subirent les conséquences. Comme on l’a vu après 1993.

On se prend à rêver un instant à un Conseil de Sécurité prenant acte de l’attitude des Khmers rouges dès mars 1992 et proposant le processus de pacification qui fut mis en œuvre par la suite par Samdech Hun Sen, Premier Ministre, offrant la réintégration des troupes et de leurs familles dans la communauté nationale et envoyant devant un tribunal les principaux dirigeants dont presque tous étaient alors encore en vie. Que de souffrances et que de vies auraient été épargnées ! Que de chances accrues pour la réconciliation nationale entre les factions qui honoraient leur signature ! 

Un des grands paradoxes des Accords de Paris, c’est qu’ils voulaient imposer en même temps les Khmers rouges et un modèle parfait de démocratie. Dans un pays, cela a été dit, qui n’avait jamais pratiqué un tel modèle.

Comme si la démocratie…

Alors, on a fait comme si. Comme si le pays était pacifié. Comme si les esprits étaient apaisés. Comme si la réconciliation entre ceux qui avaient libéré le pays de la terreur et ceux qui les combattaient était devenue une réalité. Comme si la démocratie s’instaurait par le seul fait d’organiser des élections. Comme si le principe d’une élection, avec ses vainqueurs et ses vaincus était compatible avec la culture dominante qui avait prévalu depuis l’indépendance et avant la tragédie et qui consistait à associer toutes les composantes politiques dans un même rassemblement. Comme si le niveau général d’éducation, l’existence suffisamment nombreuse d’élites partageant une même perception de ce que signifie un Etat de droit, les principaux acteurs politiques en présence, fournissaient la possibilité et les garanties d’une telle démocratie. Comme si, en fin de compte, la démocratie, cela se décrétait.

On en voit aujourd’hui les conséquences avec un climat politique où le discours de l’opposition est bien souvent, dans le chef de ses dirigeants en tout cas, un discours de guerre civile.

Au risque de déplaire, je dirai que l’APRONUC n’a pas offert le meilleur exemple de ce que doit être un processus électoral dans une démocratie apaisée. Faut-il rappeler que la loi électorale fut imposée par l’APRONUC contre l’avis du Conseil National Suprême ? Faut-il rappeler que tout au long de la campagne électorale, des responsables de l’APRONUC, et non des moindres, ont exprimé leur hostilité à l’égard du Parti de M. Hun Sen. Je fus effaré d’entendre à plusieurs reprises, de la bouche de responsables travaillant, en principe, pour les Nations unies, entendre dire, je cite, « écarter Hun Sen du pouvoir est l’objectif premier de la mission ». Ce qui donne de la pertinence à l’observation que m’a faite un jour M. Denis MacNamara, le directeur de la composante « droits de l’Homme », dont ce n’était pas la première mission au service de l’ONU, lorsqu’il m’exprimait sa surprise de voir cette opération des Nations unies à ce point affectée par les interférences des grandes puissances.

De plus, alors que la finalité d’une telle mission aurait été de contribuer à un climat de réconciliation et d’apaisement, au moins entre les parties qui respectaient les Accords, l’APRONUC n’a rien fait pour diminuer les tensions récurrentes au Cambodge dès qu’il s’agit du et des Vietnamiens. Que du contraire, pour tenter de donner satisfaction aux représentants de Pol Pot au sein du Conseil National Suprême, elle a accordé une grande attention aux exigences des Khmers rouges relatives à la présence de forces étrangères, allant jusqu’à modifier à plusieurs reprises la définition même de la notion de « forces étrangères ». Comme si elle ignorait que plus on accorde aux totalitaires, plus ils en demandent. Lorsque des massacres de civils vietnamiens eurent lieu, l’APRONUC refusa de les protéger et organisa, sous le nom de « Safe Passage », une opération qui avait, vu le contexte, des relents de purification ethnique. S’agissant de favoriser l’apaisement, Radio UNTAC au contraire diffusait un discours carrément antagoniste, comme si on se trouvait dans une campagne électorale américaine d’aujourd’hui.

On l’a compris, je ne partage pas l’euphorie de ceux qui qualifièrent la mission des Nations unies, à la fin de celle-ci, de « triomphe international » ou de « modèle » pour l’avenir. Encore une fois, il me faut être clair. Je suis et je serai toujours un défenseur des Nations Unies car, comme je l’ai écrit dans un livre que je leur ai consacré, il vaut mieux un monde avec l’ONU qu’un monde sans l’ONU. Mais l’ONU porte en elle l’extrême faiblesse d’être subordonnée aux intérêts des grandes puissances. Faut-il y voir les raisons pour lesquelles l’APRONUC n’a pas atteint les 6 objectifs qui lui étaient assignés ? Je le crois.

Échec de l’arrêt des hostilités

Qualifié dans tous les documents de « premier et de plus important des objectifs », l’arrêt des hostilités et le désarmement des forces en présence fut un échec total. Le Secrétaire général de l’ONU avait pourtant déclaré lui-même que « la réalisation de cet objectif était une condition préalable à la bonne exécution de l’Accord ». Quinze mois après la signature des Accords, le territoire contrôlé par les Khmers rouges avait plus que doublé. Eric Falt, porte-parole de l’APRONUC, lors de sa dernière conférence de presse, reconnaissait que les Khmers rouges faisaient sauter un pont chaque jour. Ces Accords de paix n’ont pas apporté la paix.

Un autre objectif manqué fut le défaut d’exécution de la « Déclaration sur le relèvement et la reconstruction du Cambodge » qui est le troisième des Accords. Ce texte identifiait une phase de relèvement qui devait précéder la reconstruction, celle-ci étant renvoyée au moment où un gouvernement issu des élections serait en place. Les travaux menés à bien quinze mois après le début de la mission ne représentaient même pas 10% des montants promis par les donateurs à Tokyo en juin 1992. Un rapport présenté trois semaines avant la fin du mandat de l’APRONUC énumérait la longue liste des « besoins immédiats » en terme de relèvement. On ne peut pas trouver meilleure démonstration de ce que les objectifs assignés ne furent pas atteints.

Un troisième objectif concernait le deuxième des Accords, celui relatif à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité et l’inviolabilité territoriales, à la neutralité et l’unité nationale. Faut-il rappeler que l’APRONUC a échoué à maintenir l’unité nationale en créant le concept de « zone inaccessible » pour désigner la zone contrôlée par les Khmers rouges ? Faut-il rappeler que l’APRONUC s’est avérée incapable de maintenir l’inviolabilité territoriale en ne réagissant que très médiocrement aux multiples incursions d’éléments militaires et civils thaïlandais en territoire cambodgien. Des casques bleus furent capturés par des soldats Khmers rouges et détenus en territoire thaïlandais. Faut-il enfin rappeler l’absence totale d’intérêt de l’APRONUC pour les altérations et les déplacements apportés par les deux grands voisins du Cambodge aux bornes frontalières, altérations et déplacements pourtant dûment constatés par les rapports des unités frontalières de l’APRONUC ? Les déclarations du 30 juillet 1992, du 14 décembre 1992 et du 4 février 1993 du Prince Norodom Sihanouk, relatives aux violations de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Cambodge, signent le constat le plus pathétique de cette impuissance de l’APRONUC.

Aspects positifs des Accords de Paris

Avant d’aborder les aspects plus positifs du bilan de la mise en œuvre des Accords de Paris, je voudrais faire un sort à un argument qui m’a souvent été objecté selon lequel une mission de maintien de la paix ne peut réussir que si les parties y consentent. Et de me rappeler la différence entre « peace keeping » et « peace making » cette dernière notion devant être couverte par le chapitre VII de la Charte des Nations unies qui permet l’usage éventuel de la contrainte et de la force. Je sais cela. Mais encore une fois, dès lors qu’il fut manifeste que Pol Pot avait décidé de ne pas appliquer les Accords, pourquoi ne pas avoir mis les données nouvelles sur la table et repenser les Accords plutôt que d’avoir donné du crédit aux arguments de ses représentants au Conseil National Suprême ? Pourquoi cette désastreuse « diplomatie de la patience » ? Et pourquoi, dans le même temps, avoir pratiqué des méthodes qui relèvent du chapitre VII à l’encontre des autorités de Phnom Penh en imposant un nouveau code pénal, en nommant un procureur étranger et en réalisant de véritables opérations de commandos dans les administrations centrales ? Un deux poids-deux mesures qui a accru la suspicion des autorités de l’Etat du Cambodge qui n’avaient déjà pas, après les décisions prises à l’ONU entre 1979 et 1991, une confiance aveugle dans les représentants de cette organisation.

A l’inverse de ce qui précède, et donc dans l’évaluation positive de l’APRONUC, on retiendra que celle-ci a jeté les bases d’un environnement pluraliste : 20 partis politiques ont participé au scrutin de 1993, trente journaux ont été créés, quatre associations actives dans le domaine des droits de l’Homme ont commencé leurs activités, tous les prisonniers politiques ont été libérés, sauf ceux, s’ils vivaient encore, détenus par les Khmers rouges. Une véritable presse d’opposition, dont certains titres seront financés par des programmes gouvernementaux étrangers, s’est mise en place. De nombreuses ONG étrangères sont entrées sans le moindre contrôle dans le pays, les premières venant de la zone des camps de réfugiés en Thaïlande, porteuses d’un préjugé défavorable à l’égard des autorités en place. Depuis lors, des milliers d’autres se sont installées et pendant plus de vingt ans, elles ont pu agir dans la plus totale opacité sur leurs responsables, leur financement, leurs projets et leurs activités. Mais ceci est un autre sujet.

Un réel succès de la mission des Nations Unies fut le rapatriement de 372.000 réfugiés répartis dans huit camps dispersés en Thaïlande le long des 800 km de la frontière. Il s’agissait d’une opération gigantesque mobilisant des moyens logistiques considérables dans un contexte politique et militaire qui se dégradait de plus en plus. Ils sont tous rentrés à temps pour pouvoir s’enregistrer comme électeurs.

Je veux rendre hommage à celui qui fut le concepteur et le réalisateur de cette opération, M. Sergio Vieira de Mello, qui a disparu tragiquement en 2003 dans l’attentat de Bagdad contre le quartier général de l’ONU. Il appréciait le non conformisme de mes analyses dont il avait tenu compte pour le plan de rapatriement. Nous étions devenus amis et grâce à lui j’avais pu accompagner une famille depuis le camp de Site 2, près d’Aranyaprathet, jusqu’au lieu de son installation dans la province de Kandal, en utilisant d’abord un autocar pour franchir la frontière et ensuite ce que le HCR appelait le « Sisophon express », le train qui conduisait, très lentement malgré son nom, les rapatriés de Sisophon à Phnom Penh.

Par contre, si le rapatriement, dont le HCR avait la charge, fut un réel succès, la réintégration des rapatriés dans la société, dont les autorités locales et les familles avaient la responsabilité, fut un véritable désastre tant l’accueil réservé fut dérisoire et médiocre. Vus comme des ennemis par les autorités locales et comme des gens ayant échoué à trouver un pays d’accueil par leur famille, les rapatriés furent très mal traités. Deux ans et demi après leur retour, 120.000 d’entre eux étaient réduits à la mendicité.

Élections

Il demeure que, dans un climat d’extrême tension, alors qu’un bon tiers du territoire national échappait au dispositif électoral, des élections furent organisées auxquelles la population apporta un appui franc et massif, puisque 89,56% des électeurs participèrent au vote. Il faut rendre hommage aux 400 Volontaires des Nations unies qui avaient auparavant procédé à l’enregistrement des électeurs. Ils n’étaient pas dépendants d’un gouvernement étranger. Ils étaient très qualifiés et très motivés. Vivant dans des conditions précaires, prenant un maximum de risques pour visiter les villages les plus reculés, avec un minimum de protection de la part de la police de l’APRONUC, ils ont recruté du personnel dans chaque district ; ils ont formé 4.000 Cambodgiens aux techniques d’enregistrement et environ 50.000 aux techniques électorales ; ils ont participé aux opérations électorales dans plus de 1.000 bureaux de vote répartis à travers tout le pays. Très, très mal payés, avec l’idéalisme dont sont capables des volontaires, ils ont accompli une des rares missions qui ait été complètement menée à bien par l’APRONUC.

Conséquence d’un système proportionnel imposé par les Accords de Paris, à l’issue du scrutin, aucun parti politique ne disposait ni de la majorité absolue, ni de la majorité des deux tiers requise pour l’adoption de la Constitution.

Rien n’avait été prévu par les Accords pour le gouvernement du pays entre le jour de la proclamation du résultat des élections et l’adoption de la Constitution. Malgré une très forte opposition des Etats-Unis, dont une note verbale rejetait le principe, malgré une très vive hostilité de l’APRONUC, mais avec le soutien de la France et de la Russie et l’absence d’opposition de la Chine, le Prince Norodom Sihanouk réussit à imposer l’idée d’un gouvernement provisoire de coalition. Ce gouvernement provisoire ne fut jamais reconnu comme tel par l’APRONUC, en dépit du soutien massif de l’Assemblée élue. Pourtant, après la promulgation de la Constitution, son existence facilita la mise en place du premier gouvernement de la première législature.

Comme toutes les entreprises humaines qui obéissent à d’autres objectifs que les intentions avouées, les Accords de Paris n’ont conduit ni à un triomphe, ni à un échec total. Le résultat fut celui que nous avons connu. Il ne pouvait en être autrement lorsqu’une mission des Nations Unies est soumise à l’ingérence des grandes puissances et en particulier de la première d’entre elles. Leur agenda était guidé par d’autres considérations que le bien être des Cambodgiens. Mais de cela, ces derniers en avaient fait l’expérience depuis longtemps.

Je laisse, pour conclure, la parole à celui qui était alors encore le Prince Norodom Sihanouk lorsqu’il me confiait « Vous savez, ce qu’ils veulent, c’est être débarrassé du problème cambodgien. Mais à leurs conditions. » Ce propos lucide ne m’empêche pas de considérer, comme les précédents intervenants, qu’il y a un avant et un après les Accords de Paris et que sans cela, nous n’aurions pas le Cambodge d’aujourd’hui.

rmj

[1] Travaux consacrés aux Accords de Paris (1991) et à l’APRONUC par Raoul Marc JENNAR, dont toutes les citations sont tirées :

1.- Chroniques Cambodgiennes, 1990-1994.  Paris, L’Harmattan, 1995, 526 p.

2 – Cambodge : l’entreprise inachevée. Contribution à l’ouvrage collectif sous la direction de Marie-Claude SMOUTS, L’ONU et la guerre. La diplomatie en kaki.  Paris-Bruxelles, Complexe, 1994, 159 p.

3 – UNTAC : « International Triumph  » in Cambodia ?, Oslo, International Peace Research Institute, Security Dialogue, volume 25, number 2, June 1994 : p. 145-156.

4 –  L’ONU au Cambodge. Les leçons de l’APRONUC, Québec, Université Laval, Etudes Internationales, vol. XXVI, n°2, juin 1995 : p. 291-315.

5 – Après l’APRONUC, leçons à tirer. Contribution à l’ouvrage collectif sous la dir. du Général Jean COT, Opérations des Nations Unies. Leçons de terrain : Cambodge, Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie.  Paris, Fondation pour les Etudes de Défense, 1995, 390 p.

6 – Democratization in Cambodia. Contribution à l’ouvrage collectif sous la direction de Michèle SCHMIEGELOW, Democracy in Asia.  Frankfurt, Campus Verlag et New York: St. Martin’s Press, 1997, 555 p.

7 – The 1993 UNTAC Election in the Prospect of the 1998 Cambodian Election. Contribution à l’ouvrage collectif sous la dir. de Kao KIM HOURN et Norbert von HAUFMANN, National Elections: Cambodia’s Experiences & Expectations. Phnom Penh, Cambodian Institute for Cooperation and Peace, 1998, 172 p.

8 – Démocratie et citoyenneté en Asie : le cas du Cambodge. Contribution à l’ouvrage collectif sous la direction de Dominique ROZENBERG et Patrick ABEELS, Droits de l’Homme & Démocratie ; Relativité ou universalité ? Bruxelles, Ligue des Droits de l’Homme et Solidarité Socialiste, 1998, 135 p.

9 – International Co-operation in the Drafting of the 1993 Constitution. Contribution aux actes du symposium international consacré au « Constitutionalisme cambodgien » et organisé conjointement par la Faculté de Droit et de Sciences économiques de Phnom Penh et l’Université de Nagoya (Japon), à Phnom Penh, 10-11 janvier 2003.

Source (blog fermé) : Raoul Marc Jennar

Thaïlande : inconnu après la mort du roi Bhumipol

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deuil national rues Thailande janvier 2008

C’est sans doute l’image que la Thaïlande aurait voulu laisser au monde de son monarque, Bhumibol Adulyadej, décédé ce jeudi à l’hôpital Sirijaj, à Bangkok, à l’âge de 88 ans, des suites d’une insuffisance rénale. En juin 2006, alors que tout le royaume célébrait les soixante ans du règne, Bhumibol était apparu au balcon de la salle du trône, vêtu d’un lourd manteau d’or, aux côtés de la reine Sirikit. Lentement, il avait levé la main pour saluer son peuple et avait esquissé un léger sourire. Face à lui, une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes brandissait des portraits à son effigie et criait «Longue vie au roi !». L’émotion était telle que beaucoup de participants, vêtus de tenues jaunes – la «couleur du roi» –, ne pouvaient s’empêcher de pleurer. Et les observateurs étrangers étaient alors bien obligés de constater l’amour unanime, inconditionnel de tout un peuple pour un monarque quasi-divinisé, à la fois incarnation de Bouddha sur terre et «seigneur du territoire et de la vie» dans la tradition hindouiste.

représentation du roi de Thaïlande
représentation du roi

Magie brisée

Mais entre le jubilé d’or de 2006 et 2016, le chaos qui a prévalu dans le monde politique thaïlandais a abouti à une érosion du prestige de la famille royale. L’image de Bhumibol a été utilisée sans vergogne par les Chemises jaunes, les opposants au populaire Premier ministre Thaksin Shinawatra qui a dirigé le pays de 2001 jusqu’au coup d’Etat de 2006. Le roi a entériné ce coup d’Etat ainsi que le putsch du 22 mai 2014 qui a éjecté un autre gouvernement pro-Thaksin. Cette politisation du monarque, plus ou moins à son corps défendant, a brisé une certaine magie. Bhumibol n’est plus apparu comme le ferment national de l’ensemble du peuple thaïlandais, mais simplement comme l’idole adulée d’une partie, majoritaire sans aucun doute, de la population. Les Chemises rouges, ou partisans de Thaksin Shinawatra, ont eu, à tort ou à raison, l’impression que le monarque les avait abandonnés, surtout après qu’il a laissé les militaires tirer dans la foule des manifestants pro-Thaksin en avril-mai 2010 sans intervenir.

Une tragédie, sans nul doute, pour ce monarque dont le règne, le plus long de l’histoire de la Thaïlande, a aussi été l’un des plus prestigieux. Durant des décennies, il avait été le principal facteur d’unité dans un pays où une pesante structuration hiérarchique exacerbait les inégalités sociales. Il incarnait le lien entre tous les Thaïlandais quelle que soit leur classe sociale, le miroir dans lequel chacun pouvait se reconnaître comme faisant partie d’un tout. «Le sentiment qu’éprouvent les Thaïlandais pour le roi est quelque chose que les étrangers ne peuvent pas complètement comprendre», disait alors l’ancien Premier ministre Anand Panyarachun. En tous les cas, sa disparition risque de laisser un vide que son successeur, le prince Vajiralongkorn, pourrait avoir du mal à remplir.

représentation du roi
représentation du roi

Sports d’hiver

Quand Bhumibol Adulyadej naît à Boston en 1927, personne, pas même ses parents, n’imagine le destin exceptionnel qui l’attend. Lorsque Ananda Mahidol, son frère, monte sur le trône en 1934, après l’abdication de son grand-père, les deux enfants vivent à Lausanne avec leur mère et leur grande sœur. Ils sont inséparables. Des photos les montrent aux sports d’hivers, bras dessus-bras dessous, leur manteau maculé de neige. C’est le temps de l’insouciance, mais aussi des études à l’Ecole nouvelle de Lausanne. Le jeune Bhumibol se passionne pour les sciences, la musique. La carrière d’ingénieur le tente. En 1946, la famille rentre en Thaïlande pour la cérémonie de couronnement d’Ananda. Celui-ci est accueilli avec soulagement par les Thaïlandais, mais la monarchie a connu une longue éclipse et son prestige est amoindri.

Le palais Chitrlada, où réside la famille royale à Bangkok, est à l’abandon. Tout est à reconstruire. Ananda ne règne que quelques mois. Un matin de juin 1946, il est retrouvé mort, dans son lit, d’une balle dans la tête. Que s’est-il passé ? On ne le saura jamais, même si deux valets de chambre seront exécutés au terme d’un procès hâtif. Le jeune Bhumibol, traumatisé, ne cesse de pleurer en suivant le cortège funéraire de son frère. C’est à lui maintenant d’assurer la continuité de la dynastie Chakri, sous le nom de Rama IX. La Thaïlande de l’après-guerre est alors dominée par un des généraux qui avait aboli la monarchie absolue en 1932 : le maréchal Phibul Songkhram, un antimonarchiste qui avait collaboré avec l’armée impériale japonaise pendant le conflit.

Robe de bonze et cours de thaï

Patiemment, Bhumibol fait son apprentissage de souverain. Il commence par passer plusieurs mois sous la robe des bonzes et perfectionne son thaï, une langue qu’il maîtrise alors moins bien que le français. Il se garde de se mêler des affaires de l’Etat, mais signifie parfois son déplaisir au gouvernement par des gestes codés, comme son refus de venir à une cérémonie ou sa tenue vestimentaire. C’est sous le dictateur suivant, le maréchal Sarit Thanarath, que l’influence du jeune monarque commence à s’affirmer. Sarit estime qu’il est de son intérêt, à une époque où les forces communistes s’agitent dans toute l’Asie du Sud-Est, de rétablir la figure traditionnelle du roi comme père de la nation. Des relations cordiales s’établissent entre le dictateur et le Palais, qui est honoré par le gouvernement et, au moins en apparence, régulièrement consulté sur les affaires du pays.

Considéré jusque-là comme un monarque oisif, porté sur les sports nautiques et le jazz, Bhumibol entreprend de réhabiliter le prestige de la monarchie. Des rituels anciens, oubliés depuis des décennies, sont réintroduits, comme la cérémonie du sillon sacré qui doit annoncer l’abondance de la récolte à venir. Le patronage royal de certaines pagodes confère aussi une aura bouddhique au souverain, qui lance de multiples projets royaux : aide aux minorités montagnardes du Nord pour leur fournir une activité alternative à la culture de l’opium, construction de barrages et de réseaux d’irrigation pour stimuler l’agriculture. Au grand désarroi de la reine Sirikit, les jardins du palais Chitrlada sont transformés en ferme expérimentale.

Arbitre suprême

Ce sont toutefois ses rares interventions, toujours en temps de crise majeure, qui le consacrent comme un monarque d’exception auprès de ses sujets. En octobre 1973 d’abord, quand il accueille dans les jardins du Palais les étudiants pourchassés par les militaires du dictateur Thanom Kittikachorn. Après un massacre le 14 octobre, le roi somme ce dernier de quitter le pays, affirmant son rôle d’arbitre suprême de la sphère politique. Il convoque des états généraux pour donner une assise démocratique plus ferme à son pays. Mais dans les années qui suivent, la montée du communisme en Indochine semble tiédir cette ardeur démocratique. Il se gardera d’intervenir lors du massacre des étudiants par des groupuscules d’extrême droite dans l’université Thammassart de Bangkok en octobre 1976 et semblera, par la suite, préférer des régimes de «semi-démocratie» comme ceux qu’a connus la Thaïlande dans les années 80.

Dans les dernières années de son règne, fortement perturbées par la lutte entre les partisans et les détracteurs du Premier ministre Thaksin Shinawatra, Bhumibol tente de rester neutre, même s’il ne cache pas son agacement devant Thaksin, chef de gouvernement reconverti en milliardaire au style flamboyant et énergique. Les chemises jaunes, ennemis de Thaksin, exploitent l’image du roi pour affaiblir le Premier ministre qu’elles accusent de manquer de loyauté à la monarchie. Profondément affecté par ces divisions et soucieux de ne pas se montrer partisan, le roi se tient le plus souvent silencieux, avant que sa santé déclinante, à partir de 2011, rende ses apparitions publiques de plus en plus rares. Mais cette profonde crise de transition entame son aura.

«Les Thaïlandais perdent leurs repères»

La disparition de la seule figure unificatrice du pays ne peut qu’aggraver les tensions politiques dans un pays en quête de nouveaux repères, mais elle risque aussi de provoquer une profonde crise d’identité. «Le roi pour les Thaïlandais représente le bien absolu, mais aussi la stabilité. Une fois qu’il disparaît physiquement, les Thaïlandais perdent leurs repères, un peu comme s’ils flottaient dans l’espace. Ils ne savent pas ce qui va se passer», confiait à Libération un universitaire thaïlandais sous couvert d’anonymat.

La succession sera d’autant plus rude pour le prince héritier. «Le système existant a été tellement façonné par Bhumibol, est devenu tellement attaché à sa personne, qu’il est difficile d’imaginer que cette sorte d’ethos puisse être reproduit par le monarque suivant. Même un jeune Bhumibol aurait des problèmes pour cela», considère David Streckfuss, spécialiste des monarchies.

source : Libération

Une fortune de 35 milliards de dollars

Même le protocole méticuleux et anachronique dont il s’entourait était étudié. On ne s’adressait pas à lui, mais à «la poussière de ses pieds». Et nul ne pouvait avoir la tête plus élevée que lui. «Il y a derrière le protocole très contraignant qui exige que les Thaïlandais se prosternent et rampent en présence du roi un projet idéologique conscient: renforcer la structure hiérarchisée et centralisée de la société thaïlandaise», estime le politologue Giles Ji Ungpakorn. Et la vieille loi de lèse-majesté est un paravent destiné à protéger des regards trop curieux. Mais en août 2008, Bhumibol Adulyadej n’a pu éviter les révélations du magazine américain Forbes, classant cet homme qui se montre humble et vit simplement, «tête couronnée la plus riche au monde». À la tête d’une fortune de 35 milliards de dollars, le roi contrôlait des pans entiers de l’industrie et possédait le tiers de Bangkok et d’immenses domaines dans le reste du pays, gérés par le bureau des propriétés de la couronne.

Personnage complexe, le doyen des têtes couronnées et des chefs d’État en exercice était parvenu à incarner le rayonnement du bouddhisme, la pérennité de la culture thaïe, un ordre social équilibré et la grandeur multiséculaire du Siam. Mais une vieille prophétie est dans tous les esprits aujourd’hui: la dynastie des Chakri s’éteindra avec son neuvième souverain.

source : Le Figaro

Thaïlande: l’adoption d’une nouvelle Constitution est un «retour en arrière» pour Shinawatra

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Shinawatra-7-08-2016 vote referendum

Yingluck Shinawatra, dernière Première ministre démocratiquement élue de Thaïlande, a déploré lundi l’adoption d’une nouvelle Constitution comme un «retour en arrière» pour son pays.

«Je suis attristée de voir que notre pays fait un retour en arrière, vers une Constitution non-démocratique», a réagi celle dont le gouvernement a été renversé par un coup d’État militaire en 2014.

Mais «j’accepte la décision du peuple», a-t-elle ajouté, dans un premier commentaire, sur les réseaux sociaux. Sans appeler ses partisans, les Chemises rouges, à manifester.

Les Thaïlandais ont adopté dimanche une nouvelle Constitution très controversée, qui permettra à la junte au pouvoir de contrôler la scène politique, même après le retour à des élections, promises en 2017.

Selon les derniers résultats préliminaires, plus de 60% des votants se sont exprimés en faveur de la nouvelle Constitution. Moins de 40% l’ont rejetée.

Même dans le nord-est du pays, qui vote traditionnellement en faveur des Shinawatra, le «non» à la Constitution n’a pas été massif, de l’ordre de 51%.

En l’absence de débat de fond, avec une interdiction de critiquer publiquement le projet de Constitution sous peine de prison, d’autres responsables de l’opposition ont moins pris de gants que l’ex-Première ministre et dénoncé un référendum digne d’une «dictature».

Aucun n’a cependant appelé à descendre dans la rue pour contester le référendum.

Le principal élément polémique du texte est que le Sénat ne sera plus élu mais nommé. Cela implique que, même après le retour des élections, le Parlement se retrouvera sous la coupe d’une chambre haute que les généraux continueront de contrôler.

Le but des militaires est de modifier en profondeur le système politique, afin d’empêcher durablement le retour aux manettes de l’opposition, incarnée par l’ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra et sa soeur Yingluck.

Jusqu’ici, les militaires avaient principalement eu recours aux coups d’Etat, dès 2006 pour Thaksin. Mais les Shinawatra étaient toujours revenus au pouvoir sitôt des élections organisées.

Source : Libération

Thaïlande : référendum le 7-08-16 sur une Constitution très controversée

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Thaïlande : référendum le 7-08-16 sur une Constitution très controversée

Dirigée depuis plus de deux ans par la junte, la Thaïlande se prononce ce dimanche 7 août sur un projet de Constitution pour le moins décrié. Cette vingtième version de la loi fondamentale depuis 1932 a été entièrement rédigée par le pouvoir militaire. Pour la junte, le texte permettra de sortir de la crise politique qui gangrène le pays depuis une dizaine d’années. Les défenseurs des droits de l’homme estiment, quant à eux, qu’il marquera un grand pas en arrière pour la démocratie.

Avant même la consultation de ce dimanche, la junte a déjà envoyé des dizaines de personnes derrière les barreaux. Au moins 41 personnes ont été arrêtées pour avoir osé critiquer le texte ou avoir mené une campagne contre la nouvelle Constitution.

contestataires de la nouvelle constitution 07-08-2016
contestataires de la nouvelle constitution 07-08-2016

Dès la fin avril, les militaires avaient interdit tout débat et menaçaient de dix ans de prison quiconque s’opposait au projet. Parmi les personnes visées figurent de nombreux journalistes, militants et opposants. Dix-neuf leaders de l’opposition risquent d’ailleurs un an de prison pour avoir voulu mettre en place des groupes d’observateurs du référendum.

Élections à nouveau reportées

La nouvelle loi fondamentale propose notamment un Premier ministre non élu, un Sénat entièrement nommé et un renforcement du pouvoir des tribunaux qui sont les bastions des élites traditionnelles.

Après avoir annoncé des élections générales à deux reprises, l’ancien chef de la junte et actuel Premier ministre, le général Prayut, a de nouveau repoussé le scrutin à juillet 2017. S’il est approuvé, le projet de Constitution risque de porter un nouveau coup sévère à la démocratie et pourrait provoquer une instabilité politique et des violences. S’il est rejeté, la junte a d’ores et déjà promis de rédiger un nouveau texte.

Irrégularités

L’organisation du référendum a été marquée par de nombreuses irrégularités, des arrestations, des harcèlements et de la censure, explique Andrea Giorgetta, le responsable du bureau Asie du Sud-Est de la FIDH, la Fédération internationale des droits de l’homme.

« Les observateurs indépendants ont été bannis et on a interdit aux citoyens thaïlandais d’observer le référendum, assure-t-il. Nous savons que plusieurs gouvernements étrangers ont pu assister à une visite guidée de trois jours dans les bureaux de vote organisée par la junte. Mais ce n’est évidemment pas suffisant et cela ne garantit pas la transparence et n’empêche pas la fraude électorale. »

Andrea Giorgetta dénonce également « une disposition qui interdit toute publication de sondage une semaine avant la tenue du référendum ». Pour le militant des droits de l’homme, « c’est une restriction de plus, jamais constatée par le passé ». Des éléments qui prouvent selon la FIDH que « le processus tout entier a été étroitement contrôlé et qu’il manque de crédibilité, car la population n’a clairement pas eu son mot à dire ».

source : RFI